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03/10/2012 08:29 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

La guerre de Kippour: une blessure toujours ouverte en Israël

Pour Israël, le temps n'a pu effacer le traumatisme de la Guerre de Kippour: 39 ans après le déclenchement de l'offensive égypto-syrienne, le sentiment d'un désastre évité de justesse reste vivace, au moment où des bruits de guerre agitent le Moyen-Orient.

Comment expliquer qu'Israël ait été surpris à ce point? Que son armée réputée la plus forte au Proche-Orient ait subi de tels revers aux premiers jours du conflit? Et comment s'assurer qu'un tel scénario ne se reproduise à l'avenir?

Si ces questions taraudent les Israéliens depuis plus de trois décennies, elles acquièrent une singulière actualité sur fond de montée des périls dans la région, avec notamment la menace de conflit avec l'Iran.

Pour le général à la retraite Schlomo Gazit, chef des renseignements militaires entre 1974 et 1988, les échecs israéliens en octobre 1973 ne sauraient être simplement imputés à des fautes du commandement militaire mais avant tout à l'euphorie qui avait saisi tout le pays après la victoire éclair lors de la guerre des Six jours (1967).

Dans une interview à l'AFP, le général Gazit distingue "l'erreur tactique" des renseignements militaires, qui estimaient une guerre "improbable" jusqu'au dernier moment, de "l'erreur stratégique" de toute une population au yeux de laquelle Israël était devenu un Etat invincible.

"Si demain la majorité en Israël réélisait le gouvernement actuel et s'il devait se passer quelque chose avec l'Iran qu'elle viendrait à regretter par la suite, ce n'est qu'à elle-même qu'elle devrait sans prendre", et non à l'armée ou aux renseignements, relève-t-il.

Il faisait allusion à la possibilité que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne une attaque contre les installations nucléaires de l'Iran qu'il accuse de chercher à se doter de l'armée atomique.

La surprise joue son plein lorsque le 6 octobre 1973 à 14H00, en pleine célébration de la fête juive de Kippour, le Grand Pardon, l'Egypte et la Syrie lancent leurs armées contre l'armée israélienne déployée le long du canal de Suez et sur la ligne de cessez-le-feu du plateau du Golan.

Ce n'est que cinq heures avant le déclenchement des opérations que les dirigeants israéliens, finalement convaincus de l'imminence de l'offensive, décrètent la mobilisation générale.

Auraient-ils été le jouet d'une magistrale manoeuvre d'intoxication égyptienne dont la pièce maîtresse serait l'homme qu'Israël considérait comme son meilleur agent dans la région, Marwan Ashraf, le propre gendre du président égyptien défunt Gamal Abdel Nasser, victime en 2007 d'une mystérieuse chute de son appartement de Londres?

Jusqu'à ce jour, la controverse fait rage en Israël sur ce point. Elle oppose ceux pour qui il était un agent double à ceux qui considèrent qu'il a servi loyalement Israël, vu qu'il a averti --mais au dernier moment--, que la guerre allait éclater.

Pour le politologue Uri Ben Yosef, cette affaire d'espionnage ne doit pas masquer "le fait essentiel: le gouvernement israélien n'a rien fait pour éviter une guerre à laquelle il ne croyait pas".

Selon lui, le Premier ministre de l'époque Golda Méir a refusé de prêter foi au président égyptien Anouar al-Sadate, quand il se disait prêt à signer un accord de non belligérance en échange d'un retrait du Sinaï occupé, ou à contrario quand il menaçait d'entrer en guerre.

Il doute que la leçon en ait été tirée à ce jour.

Pour l'historien Tom Segev, l'opinion israélienne "se rend de plus en plus compte qu'il y a eu une faute politique majeure" et pas seulement militaire.

Néanmoins il considère que le grand déballage public à chaque anniversaire de la guerre "relève d'un rituel laïc autour d'un désastre national comme si 39 ans après il reste toujours difficile d'imaginer que ce fut possible".

Sur un plan strictement militaire, Israël a toutefois réussi à l'emporter après trois semaines de combats acharnés, au prix de 2.650 morts.

Mais la stratégie du président égyptien allait s'avérer payante: la guerre déclenche un processus qui, après la visite de Sadate en Israël en 1977, entraînera en 1982 le retrait israélien de tout le Sinaï.

En échange, Israël obtiendra l'instauration d'une "paix froide" avec l'Egypte, que Le Caire avait proposé déjà avant la guerre.

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