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03/10/2012 04:24 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Chefs de guerre en Syrie: à chaque commandant son style

Certains étaient des opposants de longue date, souvent islamistes, d'autres, riches commerçants ou haut-gradés de l'armée, s'accommodaient du régime. Lorsque la révolte a éclaté en Syrie, ils ont monté leurs brigades avec un objectif commun: faire tomber Bachar al-Assad.

Ainsi Abou Somar, prospère homme d'affaires qui possédait des bureaux à travers toute la Syrie, a troqué son costume de businessman contre un treillis militaire.

Ses activités dans l'import-export faisaient de lui un "homme très riche qui n'avait aucun intérêt dans la chute du régime". Mais cet homme qui dirige désormais une importante brigade d'Alep (nord) dit avoir choisi le camp de la "révolution de la dignité".

Dans son discours, peu de références religieuses, à la différence de Cheikh Mahmoud, qui porte une longue barbe et s'habille à l'afghane.

Il montre fièrement sur son téléphone une photo de lui en habit blanc, le torse entouré de ceintures de balles. "Les jeunes m'appellent le Ben Laden d'Alep", glisse-t-il dans un sourire.

Il affirme en riant que sa tête est mise à prix par le régime: cinq millions à celui qui le livrera vivant.

Au cours de la conversation, il passe de temps à autre soigneusement un peigne dans sa barbe avant de le glisser rapidement dans la poche sur sa poitrine. Ce faisant, il insiste: son islam est modéré et il rejette le réseau extrémiste Al-Qaïda.

Abou Ammar, lui aussi, vient de la sphère islamiste: il a passé dix ans dans les geôles du régime du président Bachar al-Assad pour son appartenance aux Frères musulmans. Lui qui prônait la lutte politique et non-armée dessine désormais des plans de bataille sur son bureau rose, où trône un imposant porte-stylo doré.

Dans son QG, un ancien salon de coiffure pour dames où traînent encore des parfums et des bombes aérosols de laque, il raconte les tortures qu'il a subies en prison.

"Plusieurs codétenus sont morts sous les coups. Un autre a été amené dans une salle devant une télévision projetant les images tournées en direct par une caméra dans la pièce voisine", raconte-t-il.

"Sur l'écran, il a vu sa femme encadrée par des geôliers qui menaçait de la laisser seule avec dix prisonniers. Il a avoué tout ce qu'ils voulaient", poursuit-il.

Dans un autre quartier d'Alep, le commandant de la brigade locale reçoit dans le bureau de la directrice d'une école où il a établi ses quartiers avec ses hommes.

S'enquérant de la nationalité des journalistes, il détaille avec chacun les résultats des championnats de football nationaux, européens comme arabes.

Au cours de la conversation, il ne prend aucun appel, à l'exception de celui de sa femme. Rougissant, il s'éloigne pour lui parler, avant de revenir avec un grand sourire en plaisantant: "C'était un appel du +ministère de l'Intérieur+".

S'il affirme qu'aujourd'hui, état de guerre oblige, il ne boit ni ne fume plus, il peut toutefois discourir longuement sur les délices des bières mexicaines.

Au front, ou à bord de pick-up rugissants, il est fréquent de rencontrer des personnalités truculentes, à l'image de cet autre chef, qui a déserté l'armée et tente d'organiser ses troupes, composées en majorité de jeunes civils inexpérimentés, dans une ambiance bon enfant.

Friand de bons mots, il se laisse parfois aller à des plaisanteries grivoises. Mais jamais devant ses combattants qu'il motive à grands coups de "Allah Akbar".

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