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02/10/2012 05:20 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Prêt-à-porter parisien : Chanel éolien, agnès b. numérique, Paco Rabanne en mouvement

PARIS - PARIS (Sipa) — Souffle du dieu Éole et vent de légèreté chez Chanel, recherche picturale et photographique chez agnès b. ou ode au mouvement chez Paco Rabanne : l'avant-dernière journée des présentations de prêt-à-porter pour le printemps/été prochain a prouvé mardi le large spectre des inspirations du dressing parisien.

Sous la verrière du Grand palais, Karl Lagerfeld s'est attaché à défendre son point de vue sur le thème de l'écolo durable. Pour Chanel, il estime que les éoliennes et l'énergie gratuite que produit à travers leurs immenses pales Dame Nature était matière à réflexion.

Grâce aux joues gonflées du dieu Eole, c'est une légèreté aérienne qui a rythmé son défilé où les volumes occupent une place de choix. Des petits ensembles en léger tweed de saison à pois (noir au blanc ou blanc au noir) alternent avec des silhouettes hyper cintrées. Des combi-pantalons dont les jambes ou la ceinture-gaine sont micro-découpées au laser et laissent un peu passer la lumière. Un motif repris sur quelques mini-jupes stretch et qui mettent au jour ici le galbe d'une cuisse, là, l'arrondi d'une fesse.

Chez agnès b., les jeunes filles en fleur, parfois affublées de leur jules en talon plexiglas sont abonnées à la vie douce. "Vivre et laisser vivre", confie à Sipa la créatrice de mode, en soulignant qu'elle a toujours aimé que "filles et garçons piochent dans le même vestiaire" .

Pour la belle saison, elle a prévu plein de robes sages mais aussi des petits cardigans à pression ou à boutons (l'ADN maison) revisités en version micro. En agneau plongé immaculé blanc serti de boutons dorés, en fin jersey ou en maille d'été à long boutonnage vertical : ils augurent d'un été tranquille, dans la fraîcheur et la quiétude des jardins de bonne famille.

Plus pointues, une série de pièces arborant les cliches numérisés pris de part le monde par la créatrice. "J'ai partout avec moi la caméra magique et j'immortalise comme je peux la magnificence du monde", confie-t-elle. L'autre source d'inspiration qui apporte sa dimension de douceur est la peinture préraphaélite, telle que la créatrice la revue à la Tate Gallery à Londres. Elle en décline des extensions sur une kyrielle de lins techniques. "C'était une époque formidable où des rebelles ont voulu lâcher les cheveux des femmes, et j'aime les rebelles", glisse-t-elle.

D'autres clichés numérisés dont ceux, cinétiques, sont tirés des films de Buster Keaton complètent sa proposition à travers d'élégantes robes de jersey noir et blanc aux motifs graphiques. Sur d'autres blouses de viscose s'affichent en toutes lettres et en version multilingue un autre des aphorismes maison : "La lecture des journaux me rend triste".

Et la créatrice de mode de souligner qu'elle reprend son bâton de pèlerin afin que la mode française continue d'être fabriquée au moins France, sinon en Europe. La marque a signé plusieurs accords avec des entreprises en Espagne et au Portugal (pays spécialiste des jerseys), mais aussi en Tunisie, sous la houlette d'un entrepreneur français respectueux des "règles sociales", affirme-t-elle.

Chez Paco Rabanne, Lydia Maurer, 30 ans, propulsée directrice artistique après l'insuccès de Manish Arora en presque deux saisons a tout du défi. "Ce qui m'intéresse, ce sont les matières, leur fluidité et le mouvement qu'elles permettent au corps de la femme", a dit à Sipa en coulisse la styliste allemande formée au Studio Berçot à Paris.

Chantre d'une femme qui ne soit "pas sculpturale" mais dont le corps à l'inverse "impulse toute l'amplitude du mouvement", la jeune styliste née d'une mère colombienne est allé piocher dans les archives maison et en a ressorti la substantifique moelle.

De Paco Rabanne étudiant en architecture, elle emprunte les silhouettes en cerf-volant en plus des robes trapèze dont le bas se lâche "en quille". À Monsieur Paco, elle chipe ses fameuses cotes de maille qu'elle réorganise en "anguille de mer", un polystyrène évoquant les écailles de poisson.

Maurer souligne la silhouette, ici, elle sème des sequins, parfois en bustier, là des éléments de soie nattés se juxtaposent à des pièces d'ornementation, fruits de la haute technologie et du savoir des ateliers. Perpétuant la touche sexy qu'a véhiculé la maison des décennies durant, ces muses Paco Rabanne en robes patineuse aux basques dansantes semblent flotter dans l'air, chaussées de leurs sandales-cuissardes telles des nymphes Calypso du XIXe siècle.

xrao/mca