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02/10/2012 09:54 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Des Tunisiens manifestent en appui à une jeune femme violée par des policiers

TUNIS, Tunisie - Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mardi devant le palais de justice de Tunis pour dénoncer le viol d'une jeune femme par des policiers et apporter leur soutien à la victime.

La victime âgée de 27 ans, désignée seulement sous le prénom de Miriam, a été accusée d'«atteinte à la pudeur» après avoir porté plainte, ce qui a soulevé un tollé de protestations au sein de la société tunisienne.

Selon l'avocate Radhia Nasraoui, militante des droits de la personne, sa cliente a catégoriquement démenti cette accusation, invoquée par les policiers pour tenter de «justifier leur infamie», a-t-elle dit.

L'un des trois policiers impliqués avait éloigné le fiancé de la victime pour lui soutirer de l'argent et permettre à ses collègue de perpétrer leur méfait, selon Me Nasraoui.

Encore sous le choc et abattue psychologiquement, près d'un mois après l'agression sexuelle que lui auraient fait subir deux policiers qui se seraient relayés pour la violer à plusieurs reprises, la victime risque jusqu'à six mois de prison.

La plainte déposée par la jeune femme a été saluée par plusieurs organisations de la société civile comme «un acte de courage» qui a brisé le silence entourant les viols en Tunisie.

Samedi dernier, la victime a accepté de livrer un témoignage de son calvaire sur la chaîne privée Attounissia.

Le visage et la voix modifiés de crainte que «son honneur et celui de sa famille ne soient entachés», elle s'est dite anéantie par le «cauchemar» qu'elle a vécu.

«Ma vie est terminée. Je ne peux plus rire, ni parler normalement à mes proches. Les visages de mes agresseurs sont en permanence devant moi», a-t-elle dit en sanglots.

«Révoltée» par les prises de position des porte-parole des ministères de l'Intérieur et de la Justice l'accusant d'«atteinte à la pudeur», elle a confié avoir pensé se suicider.

Elle a fait part de son étonnement de voir ses agresseurs nier les faits qui leur sont reprochés, «malgré les preuves accablantes des analyses de l'ADN (sperme), d'un témoin et d'une caméra».

Cependant, les manifestations de soutien à son égard semblent avoir renforcé sa détermination à «aller jusqu'au bout pour obtenir justice», malgré «les pressions» dont elle fait l'objet «de la part d'inconnus» pour retirer sa plainte, selon l'avocate Emna Zahrouni.

«Je ne demande rien, sauf de voir mes agresseurs condamnés. Je pourrai mourir après», a déclaré Miriam.

Parmi les manifestants de mardi figuraient des universitaires, des avocats, des membres de l'Assemblée nationale constituante et des militants de plusieurs organisations non gouvernementales, dont l'Association tunisienne des femmes démocrates et la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme.

«Nous sommes venus soutenir la jeune femme violée qui, de victime, est devenue accusée», a déclaré Issam Chebbi, dirigeant du parti d'opposition Al Joumhouri. Selon lui, le risque de poursuites qu'encourt la jeune femme est «une tentative de la faire taire».

«Non à une police qui viole et à une justice complice», «Ministère de l'Intérieur = ministère du Terrorisme et du Viol», «Pour une justice et des médias indépendants», «La femme tunisienne ne se soumettra pas, elle triomphe ou elle meurt», pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies par les manifestants.

Pour Mohamed Tahar, cadre dans une entreprise, «cette affaire menace non seulement la liberté de la femme, mais aussi toute la société. Le plus grave, c'est que certaines forces veulent faire régresser le pays des dizaines d'années en arrière».