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02/10/2012 11:37 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Bagdad veut le départ des troupes turques du Kurdistan irakien

Bagdad est décidé à voir les soldats turcs stationnés au Kurdistan irakien plier bagage, au moment où Ankara demande à son Parlement de renouveler son feu vert pour mener des raids contre les positions des rebelles kurdes en Irak.

Nouveau chapitre dans les relations houleuses entre les deux pays, le gouvernement irakien a demandé mardi l'abrogation d'accords autorisant notamment la présence de bases militaires turques dans le nord de l'Irak.

Peu connues, ces bases sont installées à Dohouk, l'une des quatre provinces de la région autonome du Kurdistan irakien.

Leur existence a été rendue possible par un traité signé en 1995 par l'ancien président Saddam Hussein. Le texte "permet à l'armée turque d'avoir une présence dans les régions septentrionales de l'Irak afin de traquer le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)", a souligné un responsable irakien sous couvert d'anonymat.

Le PKK dispose de positions sur le sol irakien qui sont régulièrement la cible de bombardements de l'aviation turque.

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs réclamé lundi aux députés turcs de renouveler pour un an leur feu vert pour mener ces raids. L'approbation des élus est attendue dès jeudi.

Le conflit kurde connaît un net regain de violence dans le sud-est de la Turquie depuis le début de l'été, marqué par la multiplication des attaques armées du PKK, des opérations militaires de représailles et la répression du mouvement politique kurde par les autorités.

Excédé, mardi, le gouvernement de Nouri al-Maliki a qualifié de "violation de la souveraineté et de la sécurité de l'Irak" la décision d'Ankara de demander une prorogation de ces raids. En juillet déjà, l'Irak avait enjoint son voisin de mettre fin aux "violations" de son territoire et de son espace aérien, commises selon lui par les avions turcs lorsqu'ils bombardent les positions du PKK au Kurdistan.

Joignant l'acte à la parole, le gouvernement a réclamé au parlement d'abroger "les traités signés par le passé avec des pays étrangers qui permettent la présence de forces et de bases militaires étrangères sur le sol irakien ou l'accès de ces forces" au territoire national.

Selon un haut responsable irakien, cette décision vise implicitement les bases militaires turques du Kurdistan.

Déjà houleuses ces derniers mois, les relations entre Bagdad et Ankara ont encore gagné en âpreté cet été, avec le refus de la Turquie d'extrader le vice-président irakien Tarek al-Hachémi, condamné à mort par contumace à Bagdad pour avoir commandité deux meurtres.

De même, M. Maliki avait fulminé après la visite au Kurdistan irakien puis dans la ville disputée de Kirkouk (nord) du chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu, effectuée sans que Bagdad en ait été avisé.

Autre pomme de discorde: les exportations de pétrole vers la Turquie en provenance du Kurdistan irakien, que Bagdad considère "illégales" puisqu'elles se font sans son accord.

Pour tenter d'apaiser les tensions, M. Erdogan avait convié son homologue irakien au congrès de son parti dimanche. M. Maliki a décliné l'invitation. Raison officielle invoquée: un agenda surchargé.

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