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30/09/2012 04:08 EDT | Actualisé 29/11/2012 05:12 EST

Maroc: sur le Bouregreg, en mission pour "réconcilier l'homme avec l'océan"

Dans la marina de Salé, ville jumelle de Rabat, les groupes de jeunes visiteurs se succèdent paisiblement au fil de l'eau, chargée de déchets. Au pied du voilier "Fleur de passion", un petit tas de détritus porte la mention: "collecté en deux minutes dans le Bouregreg!"

Plusieurs jours durant, ce navire est resté amarré à l'embouchure du fleuve pour une mission qui, dans un pays comme le Maroc, peut s'apparenter à une gageure: "réconcilier l'homme avec l'océan", explique David French, responsable de "The Changing ocean expedition", projet parrainé par l'Unesco et qui entreprend depuis 2010 des missions scientifiques et socio-éducatives.

A Salé, près de 800 scolaires au total ont été pris en charge à leur montée à bord par un équipage peu commun composé de scientifiques, de militants mais également d'adolescents embarqués dans l'aventure au titre d'un programme de réinsertion suisse.

Au menu: visite guidée du voilier, un ancien démineur de la Seconde guerre mondiale, et projection d'une vidéo sur les dégâts liés aux activités humaines.

Le Maroc, destination touristique par excellence, compte près de 2.000 km de côtes --méditerranéennes et atlantiques--, sans compter le Sahara occidental annexé. En 2012, 20 plages du royaume ont obtenu "le Pavillon bleu", pour la qualité de l'eau et la propreté des sites, entre autres.

Mais entre Rabat et Casablanca, hors de ces sentiers battus, sacs plastique, bouteilles et autres déchets jonchent le cordon littoral.

"Dans tous les pays il reste un long chemin à parcourir", souligne David French, un Ecossais employé à Genève par la Fondation Antinea. "Mais au Maroc, on peut le constater de nos propres yeux, avec les déchets plastiques".

Sur le quai, des lycéennes de Temara, ville côtière au sud de Rabat, devisent. "On nous a expliqué qu'à cause de la pollution, la biodiversité était en chute. On ne pensait pas que c'était critique", déclare Fatima Zahra, une élève de seconde qui affirme vouloir à son tour sensibiliser ses proches.

A quelques pas, Youssef, Walid et Omar s'insurgent: "On ne doit pas jeter les ordures sur les plages. La plupart des gens n'ont pas conscience, ils jettent n'importe quoi, n'importe où!"

Christian Pasquali, un des scientifiques, tempère. "Lorsqu'ils s'offusquent comme hier de voir les pêcheurs balancer leurs bouteilles (dans l'eau), on leur explique qu'ils n'ont pas eu la chance d'être sensibilisés".

A ce titre, il relève: "On le dit à ces jeunes, une respiration sur deux sur la planète se fait grâce à l'oxygène produite par les océans".

Les techniques de pêche sont aussi l'objet de conversations, alors qu'en 2010, le "Fleur de passion" a effectué sa première expédition scientifique à Al-Hoceima (nord), où se trouve un rare parc national protégé.

Ce parc "n'est pas dans un aussi bon état que d'autres aires de Méditerranée", avance David French, qui parle de "la taille trop petite des poissons".

Ces derniers mois, un projet de repeuplement des fonds marins a été lancé dans le Nord, à Martil, près de Tetouan, avec l'installation de récifs artificiels. Mais dans le même temps, la pêche à la dynamite, qui endommage gravement l'éco-système, continue d'être pratiquée. Quant aux filets, "ils raclent les fonds et emportent les oeufs", selon M. Pasquali.

Pourtant, il est possible pour les pêcheurs de "continuer à vivre de leur métier sans graves conséquences sur l'environnement", assure M. French.

Pour plaider sa cause, l'expédition a dialogué toute la semaine, cartes en main, avec des responsables des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement. Avant de reprendre la mer ce week-end, direction les Canaries.

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