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30/09/2012 08:15 EDT | Actualisé 30/11/2012 05:12 EST

L'homme le plus riche de Géorgie défie Saakachvili aux législatives

OUREKI, Géorgie - Respecté par ses concitoyens pour sa philanthropie, l'homme le plus riche de Géorgie, le milliardaire Bidzina Ivanichvili, aurait pu se contenter de vivre de sa fortune. Pourtant, son ambition ne s'arrête pas là et il veut désormais accéder au pouvoir, ce qui l'oppose de manière frontale à son ancien allié et ami, le président Mikhaïl Saakachvili, à l'occasion des élections législatives organisées lundi.

Un choix qui n'est pas sans conséquences. Depuis qu'il a annoncé ses ambitions il y a un an, M. Ivanichvili s'est vu retirer sa nationalité géorgienne et il a écopé d'amendes s'élevant à plusieurs dizaines de millions de dollars. Mais cela ne l'a pas dissuadé à conduire le Rêve géorgien, la coalition qu'il a formée, dans la bataille des législatives. Il espère désormais devenir Premier ministre, ce qui devrait faire de lui l'homme le plus puissant du pays après des changements législatifs prévus pour l'an prochain.

M. Ivanichvili a été déchu de sa nationalité au motif qu'il a aussi un passeport français, et la Géorgie interdit la double nationalité. Cela ne l'empêche toutefois pas de se présenter aux élections, le Parlement ayant voté une loi lui permettant de briguer un mandat en tant que citoyen de l'Union européenne.

Le résultat du scrutin aura des conséquences importantes pour ce petit pays du Caucase qui a été ces dernières années le plus fidèle allié de l'Occident dans la région, cherchant à se rapprocher de l'OTAN et de l'Union européenne.

Bidzina Ivanichvili, 56 ans, dont les avoirs sont estimés à 6,4 milliards de dollars, était un partisan de Mikhaïl Saakachvili, 44 ans, quand celui-ci est arrivé au pouvoir, suite à la Révolution des Roses qui a conduit à la chute du régime corrompu d'Edouard Chevardnadzé. Mais M. Ivanichvili, qui a fait fortune en Russie, est devenu peu à peu désenchanté. Il a commencé à craindre que ses désaccords avec le président mettent en péril son propre avenir.

Dans un entretien à l'Associated Press réalisé dans sa résidence située près de la station balnéaire de Batoumi, au bord de la mer Noire, il a laissé entendre que son entrée en politique était, au moins en partie, destinée à le protéger des pressions gouvernementales. "Quand vous entrez en politique, cela vous donne une sorte de protection", a-t-il déclaré. Mais il a aussi insisté sur le fait que son ambition était d'aider son pays.

Quant à l'argent qu'il a gagné en Russie, il assure l'avoir acquis honnêtement. "Je n'ai jamais violé de lois", affirme l'homme d'affaires. "Je n'ai jamais trahi ni trompé personne".

Pendant des années, il a fait des dons qui ont profité à des milliers de ses concitoyens les plus pauvres et au gouvernement de M. Saakachvili, notamment par le biais de constructions d'écoles et d'hôpitaux. Mais le milliardaire dit avoir rompu ses liens avec le président géorgien quand celui-ci a réprimé des manifestations de l'opposition en 2007, renforcé son contrôle sur les médias et s'est engagé dans une guerre désastreuse avec la Russie en 2008.

Ces derniers jours, la réputation du régime a aussi été ternie par la diffusion, par des chaînes fondées par M. Ivanichvili, de vidéos de détenus frappés et violés avec des objets par des gardiens dans une prison de Tbilissi, la capitale. Ces images ont déclenché des mouvements de protestation.

"Il a mis en place un gouvernement dur, autoritaire, tout en essayant de prouver à l'Europe et à l'Amérique qu'il construisait la démocratie", dénonce M. Ivanichvili. "Les gens sont déçus, y compris moi".

De son côté, le président géorgien présente son adversaire comme un larbin de la Russie, qualifiant sa coalition, le Rêve géorgien, de "forces de l'obscurité". Les proches de Mikhaïl Saakachvili accusent aussi le milliardaire de corrompre la classe politique géorgienne et les électeurs avec sa fortune, qui équivaut à peu près à la moitié du PIB du pays.

Selon un sondage réalisé en août par l'Institut démocratique national, basé aux Etats-Unis, le Mouvement national uni du président, qui détient actuellement près de 80 pour cent des sièges au Parlement, récolterait 37 pourr cent des suffrages, contre 12 pour cent pour le Rêve géorgien. Mais M. Ivanichvili affirme que le vent a tourné en sa faveur ces dernières semaines, notamment depuis la diffusion de la vidéo tournée dans une prison.