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30/09/2012 09:10 EDT | Actualisé 30/11/2012 05:12 EST

Günter Grass fait l'éloge du dénonciateur du programme nucléaire israélien

Le prix Nobel de littérature allemand Günter Grass a loué dans un nouveau poème Mordehai Vanunu, divulgateur du programme nucléaire israélien, un démarche perçue dimanche par la presse allemande comme une nouvelle provocation à l'égard de l'Etat hébreu, qui a réagi avec ironie.

Dans un nouveau recueil de 87 poèmes appelé "Ephémères", sorti ce week-end en Allemagne, le poète allemand de 84 ans, persona non grata en Israël, considère Mordehaï Vanunu comme un "héros" et un "modèle", selon des extraits du poème "Un héros de nos jours" publiés par l'agence allemande dpa.

Ancien technicien atomiste accusé d'"espionnage", Mordehaï Vanunu, 57 ans, a été incarcéré plus de 18 ans --dont 11 ans d'isolement-- pour avoir révélé des secrets sur le nucléaire en Israël à l'hebdomadaire londonien The Sunday Times.

Il n'est pas autorisé à quitter le sol israélien ni, en principe, à rencontrer des étrangers. "Cela s'appelle un héros, qui espérait servir son pays, en apportant la vérité", écrit Günter Grass.

Dans une réaction à l'AFP, M. Vanunu s'est dit dimanche "très heureux d'être dans la ligue de Günter Grass".

"Vanunu (sic) serait heureux d'obtenir le titre de persona non grata du ministère de l'Intérieur d'Israël, comme ça on pourrait m'expulser d'Israël", a déclaré le scientifique, qui s'exprime en anglais par refus de parler hébreu.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a pour sa part moqué le texte de l'écrivain allemand, jugeant qu'il est "plutôt un plaidoyer qu'un texte de la Pléiade".

"Grass n'a pas, avec cette nouvelle livraison, cherché à adhérer scrupuleusement au faits historiques. Mais en délaissant Clio (la muse grecque de l'Histoire, ndlr), Grass n'a pas pour autant réussi à retrouver Calliope (la muse de la poésie), et de licence poétique il ne lui reste que la licence", a-t-il ironisé.

"Cet opuscule aura quand même le mérite de nous apprendre qu'il y a au moins un Israélien qui trouve grâce à ses yeux, ce qui --eu égard à ses positions passées-- n'est pas une moindre chose", a ajouté M. Palmor.

En avril, M. Grass avait provoqué une importante polémique en publiant dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung un poème où il affirmait qu'Israël menaçait la paix mondiale en disant vouloir frapper l'Iran préventivement. Il avait en conséquence été déclaré persona non grata par l'Etat hébreu.

"Günter Grass asticote de nouveau Israël", a commenté dimanche le journal populaire Bild am Sonntag, quand le quotidien Berliner Morgenpost y voyait une "nouvelle provocation".

Le nouveau recueil de poèmes du prix Nobel, qui évoque aussi l'Europe, la Grèce et comprend une déclaration d'amour à l'Allemagne, "pourrait de nouveau donner matière à controverse avec Israël", estime également le Süddeutsche Zeitung.

En 2006, le Nobel de littérature 1999, connu pour ses positions de gauche, avait reconnu avoir fait partie dans sa jeunesse des Waffen SS, unité d'élite d'Adolf Hitler, lui qui avait souvent renvoyé l'Allemagne à son passé nazi.

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