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29/09/2012 12:51 EDT | Actualisé 29/11/2012 05:12 EST

Prêt-à-porter parisien: "l'austérité sexy" de Véronique Leroy

PARIS - Les défilés de prêt-à-porter pour la belle saison prochaine ont battu leur plein samedi avec les collections de la créatrice belge Véronique Leroy et son "austérité sexy", les recherches multiculturelles de la Britannique Vivienne Westwood et l'esprit trublion du parisien Jean-Paul Gaultier.

Faire cohabiter en une même collection et en parfaite harmonie l'esprit austère et quelque peu rigide des mormons avec le sexy "primaire", celui qui nous renvoie aux tréfonds du cerveau reptilien, telle est la feuille de route que s'est assignée la créatrice belge Véronique Leroy, qui défilait samedi à Paris.

Pour ce faire, elle fait appel à des matières de hautes technologies. "La rigueur et l'austérité (sont) traduites grâce aux matériaux rigides et structurés "Des matières qui ne sont pas fluides et qui n'épousent pas le corps alors que la touche sexy et sensuelle est amenée par les imprimés et l'utilisation de la résille", a expliqué en coulisse la styliste à Sipa.

Elle a fait fabriquer des kilomètres de milano de viscose (un gros tissu jersey) qu'elle a découpé au laser jusqu'à en faire un hybride de grillages souples et de filets, "presque des moucharabiehs", dit-elle.

Partout, ces pans de "petits trous" au graphisme hypnotique sont du plus bel effet, déclinés en de longues vestes, en tuniques, en robes ou en jupes montées en superpositions, pour laisser deviner les courbes du corps.

Majoritairement proposés en bichromie noir/blanc, ces grillages à priori plutôt austères osent la couleur jusqu'aux juxtapositions de bon ton. En bleu nuage/chocolat ou en lie-de-vin/or, voire en teinte mastic: ils augurent d'une prochaine belle saison à la légèreté aérienne.

A tel point d'ailleurs que Véronique Leroy renoue avec l'un de ses codes maison trop longtemps remisé. Quand elle a vu le résultat des broderies léopard sur les jerseys lycra, elle s'est dit qu'elle ne pouvait pas ne pas faire de maillots de bain.

Ces quelques pièces balnéaires s'agrémentent de blousons boule, de micro-boléros, proposés en seersucker (la matière de l'été) de soie ou de coton parfois brodés de fils d'or, mais aussi en vichy. Des pièces travaillées en de nouveaux volumes, crêpés ou matelassés. Sans oublier le tissu éponge, un brin d'ADN dominant de la maison Leroy.

Toujours à la pointe, la créatrice fait encore une fois appel à la recherche textile à travers le "plexi" souple fumé ou translucide qui évoque parfaitement le tulle et jette un voile ici et là sur des bodies léopard très près du corps.

Grande voyageuse, Vivienne Westwood poursuit de son côté son travail anthropologique en mêlant codes et valeurs pour réinventer le multiculturalisme en mode. Une aubaine pour cette collection présentée en salle du trône à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris.

La chevelure hérissée en virgule, droit sur la tête, les modèles de Westwood rejouent les classiques de la maison. A savoir, au chaos que connaît le monde, correspond l'asymétrie.

Westwood est convaincante à travers quelques robes asymétriques en chiffon ou en soie compressée qui proposent une autre version d'un savoir-faire maison: à la recherche d'un nouvel équilibre dans le déséquilibre.

Viscoses froissées, imprimés de soie chatoyants ou lamés or étincelants: tout est bon pour la créatrice anglaise pour tendre vers la diversité qui lui est chère.

C'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe et Jean-Paul Gaultier le sait bien. Au-delà d'un joli hommage à Michael Jackson et quelques autres stars du show bizz, comme ce clin d'oeil au groupe suédois Abba, Gaultier s'est aussi adonné à l'effet "Madeleine de Proust" en repiquant dans ses fameuses horizontales noires et blanches, qu'il propose cette fois en tops, en jupes et en robes de jerseys lycra, permettant toutes les audaces dont celles des transparences.

En version denim froissé et délavé, Gaultier ose la jupe-culotte, la robe manteau ou le mini-short sur la longue veste à traîne, idéale pour déambuler sous les lasers de couleurs des boîtes de nuit. Plus pointu, le créateur reprend à son compte quelques incontournables asiatiques, dont des guirlandes de fleurs brodées sur des kimonos revisités en légers taffetas de soie.

Mais il redevient lui-même avec un modèle "nude", seins nus par transparence, engoncé dans un voilage de mousseline et dentelle de cuir sculpté anthracite encapsulant les hanches. Et les langues de se délier: "Ça, c'est du Gaultier".