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28/09/2012 02:31 EDT | Actualisé 28/11/2012 05:12 EST

La guerre en Syrie, enjeu de la campagne présidentielle aux États-Unis

WASHINGTON - L'économie domine la campagne présidentielle aux États-Unis, mais la guerre civile en Syrie représente aussi un enjeu pour le président sortant, Barack Obama, et son adversaire républicain, Mitt Romney, qui l'attaque sur sa politique étrangère.

La Syrie connaît le conflit le plus violent depuis le début du mouvement du Printemps arabe, l'an dernier. L'opposition estime que la répression du soulèvement contre le régime du président Bachar el-Assad a fait plus de 30 000 morts depuis mars 2011. Intervenus en Libye pour aider la rébellion à faire tomber Mouammar Kadhafi, les États-Unis se refusent à toute opération militaire en Syrie ou à armer l'insurrection.

Barack Obama appelle Bachar el-Assad à céder le pouvoir depuis plus d'un an. Il soutient le plan de transition démocratique élaboré par la Ligue arabe et que les Nations unies tentent de faire accepter aux belligérants. Il reproche à la Russie et la Chine de bloquer les efforts de l'ONU pour faire partir Bachar el-Assad.

Il n'a pas pu empêcher la Syrie de basculer dans la guerre civile, mais refuse d'utiliser la puissance aérienne américaine pour neutraliser l'aviation syrienne et exclut d'armer directement les rebelles. Washington met en avant le risque d'accélérer la militarisation du conflit et privilégie une meilleure coordination de l'opposition pour que le pays s'unisse contre le président El-Assad.

Mitt Romney, quant à lui, s'est prononcé en faveur de stratégies «plus fermes» pour mettre fin au régime syrien, accusant Barack Obama de «manquer de leadership». Sur les détails, il reste flou, mais dit souhaiter que les États-Unis coopèrent avec leurs partenaires pour armer les rebelles. Il n'appelle toutefois pas lui non plus à l'armement direct des insurgés.

Il a évoqué la possibilité d'envoyer des troupes américaines en Syrie si des armes de destruction massive ne se trouvaient plus en sécurité, allant un peu plus loin que le président Obama, qui a parlé de «ligne rouge» à propos de ces armes. Mitt Romney veut par ailleurs accroître la pression sur la Russie pour surmonter le blocage diplomatique.

La résistance de Bachar el-Assad pose un problème de crédibilité à Barack Obama, qui exige le départ du président syrien mais privilégie la voie diplomatique et les sanctions économiques, sans résultat jusqu'ici.

La position de Mitt Romney n'est pas facile non plus, car il est difficile de proposer plus d'aide des États-Unis à une opposition qui compte à ses côtés des combattants liés à Al-Qaïda et d'autres extrémistes. En outre, le candidat républicain, pas plus que son adversaire démocrate, ne veut accroître l'instabilité à la frontière nord-est d'Israël, sûre jusqu'ici.

Le conflit syrien pourrait se répercuter sur toute la région: l'échec du soulèvement risquerait de sonner le glas du Printemps arabe, qui a eu raison des régimes autoritaires en Tunisie, en Égypte, en Libye et au Yémen depuis le début de 2011. Le maintien d'un régime accusé de torture et de massacres enverrait le message que l'on peut attaquer son propre peuple et s'en tirer impunément.

La Syrie est en outre la grande alliée de l'Iran, dont elle facilite l'aide au Hamas palestinien et au Hezbollah libanais, déstabilisant le Liban tout en menaçant la sécurité d'Israël et les intérêts américains au Moyen-Orient.

À l'heure où Washington et Téhéran se livrent à une lutte d'influence dans le monde musulman, l'avènement en Syrie d'un gouvernement plus favorable aux États-Unis représenterait une victoire majeure pour les Américains. Jusqu'ici, les seuls gouvernements renversés par le Printemps arabes étaient des alliés des États-Unis ou leurs partenaires dans la lutte contre le terrorisme.