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25/09/2012 04:36 EDT | Actualisé 24/11/2012 05:12 EST

Le Yémen compte sur l'aide internationale mais doit maîtriser la violence

Le Yémen, menacé d'une catastrophe économique aggravée par une insécurité persistante, compte sur les donateurs qui se réunissent jeudi à New York pour réussir sa transition politique, mise à mal par les interférences de l'ex-président Saleh et les attaques d'Al-Qaïda.

Le président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui effectue cette semaine sa première tournée en Occident, a annoncé sa participation à la 4e réunion des "Amis du Yémen" prévue en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.

"Nous nourrissons de grands espoirs pour cette réunion, au cours de laquelle plusieurs donateurs vont annoncer leurs engagements financiers pour aider le Yémen", a déclaré M. Hadi.

Le Yémen a obtenu début septembre des promesses d'aide de 6,4 milliards de dollars lors d'un forum de donateurs à Ryad, alors qu'il en réclamait presque le double pour relancer son économie et rétablir les infrastructures et les services publics, profondément affectés par la crise politique de 2011.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), l'économie du Yémen, l'un des pays arabes les plus pauvres, s'est contractée de 10,5% l'an passé.

Selon cette source, l'Arabie saoudite a déjà versé 1,4 milliard de dollars d'aide sur 3,6 milliards promis. Elle a par ailleurs déposé un milliard de dollars à la Banque centrale yéménite pour soutenir la monnaie locale, selon le ministre yéménite du Plan, Mohamed Al-Saadi.

"Nous espérons que d'autres monarchies du Golfe vont suivre et annoncer à New York des contributions" pour soulager leur voisin, "soumis à de fortes pressions financières avec un déficit prévu de 3 milliards de dollars dans son budget de quelque 11 milliards de dollars cette année", a-t-il déclaré à l'AFP.

La situation humanitaire au Yémen s'est encore dégradée depuis le soulèvement qui a abouti au départ du président Ali Abdallah Saleh en février.

"Plus de 10 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, ont faim et ont besoin de nourriture", a déclaré mardi à la presse à Genève une porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), Elisabeth Byrs.

Sept mois après le départ de M. Saleh après 33 ans au pouvoir marqués par la corruption et le népotisme, le pays reste toujours la proie de violences.

Al-Qaïda a profité de l'affaiblissement du pouvoir central lors de l'insurrection populaire pour renforcer son emprise dans l'est et le sud du pays. Délogé en juin de l'un de ses bastions, la province sudiste d'Abyane, le réseau a trouvé refuge plus à l'est.

L'insécurité est également le fait d'un mouvement séparatiste dans le Sud, de la rébellion chiite dans le Nord et de la mouvance salafiste, liée au parti Al-Islah, partenaire du gouvernement d'entente nationale en charge de la transition politique jusqu'à février 2014.

"Le gouvernement est divisé et son action est entravée de tous bords, y compris par l'ancien président Saleh", qui ne cache pas ses ambitions politiques, estime l'analyste yéménite Abdel Ghani al-Iryani.

M. Saleh préside toujours le Congrès populaire général (CPG, ancien parti au pouvoir) et dispose de sa propre chaîne de télévision nouvellement créée, Yemen Today.

Ses proches continuent de diriger des corps d'armée ou des forces de sécurité, à l'instar de son fils aîné, Ahmed, commandant de la puissante Garde nationale.

"Si ces divisions au sein de l'armée et du gouvernement persistent, elles compromettront le dialogue national", censé aboutir à une nouvelle Constitution et à des élections en février 2014, au terme d'une transition de deux ans, avertit M. Iryani, qui préside l'organisation Democratic awakening.

"Il sera difficile au gouvernement de bien exploiter l'aide internationale, même si les donateurs honorent leurs engagements (...), en l'absence d'une profonde réforme de l'administration en charge des finances publiques", a-t-il ajouté.

Paradoxalement, "au fur et à mesure que le +gâteau+ (de l'aide, ndlr) enfle, la tension politique augmente entre les différents protagonistes", note l'analyste.

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