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10/09/2012 01:23 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Le président français assume l'effort budgétaire «le plus important» en 30 ans

PARIS - Il s'agit de l'effort budgétaire «le plus important consenti depuis trente ans». Le président français François Hollande, sans jamais prononcer les mots «austérité» ni «rigueur», a annoncé une hausse d'impôts de 20 milliards d'euros l'an prochain, un choix aussitôt dénoncé par une partie de la classe politique, à commencer par Jean-Luc Mélenchon.

«Je confirme l'engagement pris par la France de ramener le déficit public à trois pour cent en 2013. Ce sera l'effort budgétaire le plus important consenti depuis trente ans», a déclaré le chef de l'État dimanche soir sur TF1, avant de citer les mesures fiscales visant à lever 10 milliards d'impôts supplémentaires sur les ménages et 10 autres sur les entreprises. L'État, lui aussi, contribuera à hauteur de 10 milliards d'euros d'économies sur ses dépenses.

François Hollande s'est donné «deux ans» pour redresser le pays. Cette échéance «met la pression à tout le monde, y compris à lui-même», mais aussi «au gouvernement», soulignait-on lundi dans l'entourage du chef de l'État, en ajoutant: «Il prend l'engagement, et il assume.»

Les mesures détaillées par François Hollande correspondent à «ce qu'il considère comme la voie la plus efficace par rapport à ses engagements», insiste-t-on. Une voie que les membres du gouvernement se refusaient lundi à qualifier de «rigueur» ou d'«austérité».

«Je n'aime pas le mot rigueur, (...) parce que dans l'inconscient collectif français, il est associé à un reniement ou à un tournant», a expliqué le ministre de l'Économie Pierre Moscovici sur RMC et BFM-TV, faisant implicitement référence au tournant de la rigueur observé en 1983, deux ans après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir.

L'austérité, «ce serait de faire supporter l'effort — comme ça a été fait dans le passé, comme ça a été fait par la droite — sur ceux qui ont moins, sur les couches populaires et sur les classes moyennes. C'est l'inverse de ce que nous faisons», a-t-il argumenté.

Le ministre du Travail Michel Sapin préfère parler de «sérieux budgétaire». «Posez la question aux Espagnols, aux Portugais ou aux Grecs et vous verrez la différence», a-t-il déclaré sur France-2. «Le système dit de l'austérité, c'est quand on tape tout le monde, quand on augmente la TVA, ce que voulait faire Nicolas Sarkozy.»

L'une des mesures fiscales annoncée par François Hollande concerne pourtant l'ensemble des ménages. Le gel du barème de l'impôt sur le revenu, déjà appliqué en 2012 sous l'impulsion du gouvernement Fillon, est maintenu, seules les deux premières tranches bénéficiant d'un système de décote.

En outre, le chef de l'État a ouvertement envisagé une hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) dans le cadre de la future réforme du financement de la Sécurité sociale.

«Une politique d'austérité en France, (...) c'est nécessairement, obligatoirement, absolument l'enlisement», a critiqué Jean-Luc Mélenchon sur Europe-1. «Le pays va entrer en récession, les déficits vont s'aggraver, le chômage va augmenter comme c'est le cas (...) partout où la politique d'austérité est appliquée», a prédit l'ex-candidat du Front de gauche à la présidentielle.

«C'est une spirale mortifère», a estimé de son côté Marine Le Pen. «Le pouvoir d'achat va baisser, le chômage va augmenter», a anticipé la présidente du Front national sur France-Info.

Quant à l'ancien premier ministre François Fillon, qui avait lui-même présenté deux plans de rigueur le 24 août et le 7 novembre 2011 tout en se refusant à employer l'expression, il a estimé que les annonces de François Hollande n'étaient «absolument pas à la mesure de la situation». «Dans deux ans, il y aura du chômage supplémentaire et on sera en récession», a-t-il affirmé sur Europe-1.

En 2011, le gouvernement Fillon avait ramené le déficit public de la France à 5,2 pour cent du PIB, grâce, selon l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), à une augmentation du taux de prélèvements obligatoires de «1,3 point», «sous l'effet de la hausse des impôts».