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10/09/2012 07:00 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Iran: le rial poursuit sa chute face au dollar, les autorités tentent de la masquer

La monnaie iranienne a connu lundi une nouvelle chute de près de 8% face au dollar sur le marché libre, alors que les autorités tentaient de bloquer les informations sur le taux du billet vert circulant sur internet ou par SMS.

Vers midi, le dollar s'échangeait à 26.400 rials (IRR)sur le marché libre, contre environ 24.000 la veille, dans un marché peu actif et alors que beaucoup de boutiques de change étaient fermées, selon un changeur interrogé par l'AFP.

L'agence Mehr a fait de son côté état d'un cours du billet vert "autour de 26.000 IRR".

Dimanche, la monnaie iranienne avait déjà décroché de 5% par rapport à samedi.

Lundi matin, plusieurs services en ligne suivant l'évolution des taux de changes sur le marché libre ont supprimé la ligne correspondant au cours du billet vert, tandis que tous les SMS comportant le mot "dollar" en persan ou en anglais, ou la mention "devise étrangère" en persan, étaient bloqués, a constaté l'AFP.

En revanche, les SMS utilisant l'abréviation "USD" ou le symbole du dollar continuaient à parvenir à leurs destinataires.

Les autorités ont déjà censuré dans le passé la diffusion, sur internet ou par SMS, d'informations sur le cours du dollar, notamment début janvier lors du premier effondrement du rial face aux devises étrangères.

A l'époque, le dollar était monté à près de 18.000 rials, contre une moyenne de 13.000 à 14.000 auparavant.

Depuis, la monnaie iranienne n'a cessé de reculer par paliers successifs, victime de la pénurie de devises et de l'inflation galopante provoquées par les sanctions bancaires et pétrolières occidentales contre l'Iran.

Le président de la commission du budget au Parlement, Gholam Reza Mesbahi-Moghadam, a expliqué lundi à l'agence Fars que la Banque centrale n'avait "pas distribué de dollars (sur le marché libre) depuis trois semaines", et que cette "faute historique du gouvernement" était à l'origine de la crise actuelle.

Dimanche, la Banque centrale a reconnu pour la première fois ouvertement son impuissance à contrôler le dévissage du rial, expliquant que l'Iran était "dans une situation de guerre économique avec le monde".

Les dirigeants iraniens ont multiplié ces dernières semaines les référence publiques à une "guerre économique" menée par les Occidentaux, en représailles au refus de Téhéran de ralentir son programme nucléaire controversé comme le réclame la communauté internationale.

Les sévères sanctions bancaires imposées à l'Iran depuis 2010 ont ralenti l'activité industrielle, réduit les investissements étrangers, accéléré une inflation qui a atteint 27% en août, accru le chômage et entraîné une pénurie de devises.

La situation s'est aggravée avec un embargo pétrolier qui a provoqué depuis le début de l'année une chute de 50% des exportations de brut dont l'Iran tire l'essentiel de ses ressources en devises, et un fort recul de sa production tombée au plus bas depuis vingt ans.

En outre, les allusions récurrentes ces derniers mois à une éventuelle attaque israélienne contre les infrastructures nucléaires iraniennes ont largement alimenté la nervosité des marchés.

Parallèlement au taux variable du marché libre, l'Iran maintient un taux officiel fixe de 12.260 rials par dollar, en principe réservé à l'importation de produits de première nécessité ou essentiels pour l'économie, et accessible seulement aux administrations d'Etat et à quelques entreprises privilégiées.

bur-lma/sw