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10/09/2012 04:05 EDT | Actualisé 09/11/2012 05:12 EST

Alep: guerre de position dans la vieille ville

A l'abri des murs de pierre blanche de la vieille ville d'Alep, cachés sous les treilles dans des patios, les rebelles syriens écoutent siffler, comme des abeilles en furie, les balles au-dessus de leurs têtes.

"Ca, ce n'est rien" sourit celui qui se fait appeler "Abou Ahmad", 27 ans, membre de la "katiba" (unité) "Ahfat Salaheddine". "Ce sont nos gars qui voient quelque chose sur les positions d'en face et tirent pour dire +Ne bougez pas, on est là !+"

"Quand nos lignes sont vraiment attaquées, cela fait beaucoup plus de bruit et on y va tout de suite". Il montre son talkie-walkie. "Avec çà, on est en contact avec toutes les katibas de la ville. Chacune son canal".

A moins de deux cents mètres des murailles de la citadelle d'Alep, aux mains des forces de Damas, les combattants sont postés sur les toits, les terrasses; dans le dédale de ruelles et de venelles qui serpentent entre les maisons datant du Moyen-Age, entre lesquelles seuls des fantassins peuvent s'aventurer.

"Ils tentent parfois d'avancer un peu mais il est facile de les arrêter, ici. On tire dès qu'ils font un pas".

A l'intérieur, dans la fraîcheur des murs épais, certains ronflent. D'autres regardent, sur le mur grâce à un rétro-projecteur, les images tournées vendredi après-midi, lors de l'assaut mené par des centaines d'insurgés contre la caserne du quartier voisin d'Hanano.

On y voit une trentaine de rebelles, rassemblés en silence dans une ruelle. A leurs pieds, des échelles. Sur les fronts, des bandeaux blancs ou des masques anti-poussière, pour se reconnaître et éviter de se tirer dessus entre eux. Leur chef murmure les consignes, les hommes avancent en rasant les murs.

L'assaut a été précédé de tirs de mortiers, pour forcer soldats et policiers à se mettre à couvert, puis les sentinelles dans leurs postes de garde ont été attaquées à la grenade artisanale, avant que les combattants n'escaladent les fortifications.

Dans son QG du quartier Al Machaad, lui aussi tenu par l'Armée syrienne libre au sud-ouest de la vieille ville, le commandant "Abou Obeida", qui assure diriger une importante brigade de 500 rebelles, se félicite lui aussi du "succès de l'opération".

"Des transfuges nous ont d'abord donné les positions dans la caserne, tous les points faibles. De nombreux soldats nous avaient fait savoir qu'ils ne voulaient pas se battre", assure-t-il dans son QG, au second étage d'un appartement anonyme.

"Les combats ont duré une dizaine d'heures et nous avons mis la main sur des armureries", affirme-t-il. Sur un téléviseur passent en boucle les images prises ce jour là: elles sont sombres, floues, mais on distingue des caisses de Kalachnikovs neuves, saluées de cris "Allah Akbar !"

Le gouvernement syrien affirme avoir repris les lieux, détruit six pick-up rebelles remplis d'armes. "C'est faux !" assure Abou Obeida. "Ils n'ont rien repris du tout. Ils tirent sur la caserne pour tenter de détruire les stocks, mais ils sont bien à l'abri dans les caves. Ils n'ont aplati que des dortoirs vides. On ne peut pas aller chercher le reste des armes parce qu'ils nous voient et tirent, mais ce soir, à la nuit tombée, nous y retournerons".

La prise d'une partie au moins de l'arsenal d'Hanano est vécue comme une victoire de prix par les rebelles d'Alep.

Dans une chambre de l'hôpital al-Shifa, ignorant ou feignant d'ignorer qu'il fait ainsi de l'établissement déjà criblé d'impacts une cible, un autre rebelle montre à des journalistes de l'AFP une vingtaine de Kalachnikovs en parfait état, et autant de chargeurs.

"J'ai de quoi armer tous ceux qui voudront nous rejoindre dans les prochains jours" se réjouit Omar Abdoul Farouk, 26 ans.

mm/sw