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07/09/2012 12:45 EDT | Actualisé 07/11/2012 05:12 EST

Pakistan: l'adolescente chrétienne accusée de blasphème va être libérée

ISLAMABAD - La justice pakistanaise a ordonné vendredi la libération sous caution de l'adolescente chrétienne accusée de blasphème contre l'islam par un imam. Les organisations de défense des droits de l'Homme ont salué cette décision inhabituelle dans ce pays. La jeune fille devrait sortir de prison samedi.

Le montant de la caution a été fixé par le juge Mohammed Azam Khan à un million de roupies (10 500 $US). C'est une somme difficile à réunir pour cette famille pauvre, mais un mouvement pakistanais a affirmé qu'il paierait pour elle.

La jeune fille, qui serait âgée de 14 ans et souffrirait d'un retard mental, avait été arrêtée le 17 août pour avoir brûlé des pages du Coran. Mais son accusateur, dénoncé par un employé de la mosquée, est soupçonné d'avoir lui-même glissé des pages du livre sacré dans son sac.

«Nous avons le sentiment qu'il s'agit d'une véritable victoire de la vérité et du droit», a commenté Robinson Asghar, un collaborateur du ministre de l'Harmonie nationale.

Cette affaire a suscité la polémique dans le pays et des débats sur les lois réprimant le blasphème. En vertu de ces textes, toute personne reconnue coupable d'avoir insulté le prophète Mahomet ou le Coran risque la prison à perpétuité. Mais certains affirment qu'ils servent parfois de prétexte à des règlements de comptes.

Un avocat représentant l'adolescente, Tahir Naveed Chaudhry, a précisé que la caution serait payée samedi et que la jeune fille serait alors libérée. Elle est actuellement détenue dans une prison de Rawalpindi, près d'Islamabad, la capitale.

L'adolescente avait été arrêtée alors qu'une foule en colère cernait sa maison dans un quartier de la capitale. Mais l'affaire a connu un rebondissement le week-end dernier avec l'interpellation de l'imam. Il fait désormais lui-même l'objet d'une enquête pour blasphème, une accusation qu'il rejette.

Lors d'une audience, les avocats de l'adolescente avaient affirmé que ce dernier rebondissement suscitait des doutes raisonnables sur sa culpabilité. «Aucune preuve n'a été apportée contre elle», a affirmé l'un d'entre eux, Pervez Khan. Il a ajouté que les habitants du quartier souhaitaient se débarrasser des chrétiens. «Pour atteindre cet infâme dessein, ils ont monté une machination contre une mineure.»

Un des avocats de la jeune chrétienne, Raja Ikram Ameen Minhas, a plaidé pour que le gouvernement assure la protection de sa cliente et de sa famille. «Nous sommes vraiment inquiets.»