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07/09/2012 08:42 EDT | Actualisé 07/11/2012 05:12 EST

L'UE augmente son aide humanitaire en Syrie, craignant pour sa sécurité

Craignant pour sa propre sécurité face à l'escalade de la violence et de la crise humanitaire en Syrie, l'Union européenne a annoncé vendredi une augmentation de son aide aux réfugiés, tout en réfléchissant aux moyens de préparer l'après-Assad.

Le sujet domine une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Paphos, sur l'île de Chypre, séparée à peine par une centaine de kilomètres des côtes syriennes.

Tous ont insisté sur la nécessité d'augmenter l'aide humanitaire de toute urgence, tandis que la commissaire européenne en charge du dossier, Kristalina Georgieva, annonçait à Bruxelles le déblocage de 50 millions d'euros supplémentaires d'aide aux civils syriens.

Ce montant porte à 200 millions d'euros l'aide fournie par l'UE dans son ensemble -en prenant en compte l'aide directe de ses Etats.

Selon Mme Georgieva, "la situation humanitaire s'aggrave presque chaque jour en Syrie depuis que les hostilités ont dégénéré en guerre civile" entre les forces loyales au président Bachar Al-Assad et une opposition divisée mais de plus en plus armée.

L'aide s'adresse à plus de 1,5 million de personnes en Syrie et à une grande partie des Syriens qui ont fui vers les pays limitrophes (Jordanie, Turquie, Liban, Irak) dont le nombre dépasse les 235.000, selon le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

Alors que des pays comme la Turquie et la Jordanie redoutent d'être dépassés par l'afflux de réfugiés, "il commence à y avoir des réfugiés vers l'Europe, y compris ici" à Chypre, a relevé le Français Laurent Fabius.

Son homologue Luxembourgeois Jean Asselborn doute qu'on puisse "transporter des milliers de réfugiés vers l'Europe et ainsi résoudre le problème".

Au-delà de l'aide humanitaire "ce qu'il faut c'est s'attaquer à la racine, c'est-à-dire le changement de régime", a souligné M. Fabius.

Dans une lettre diffusée en amont de la réunion, M. Fabius et son homologue italien Giulio Terzi estiment qu'en cas d'échec en Syrie, "la stabilité du Moyen-Orient serait compromise et la sécurité de l'Europe, sous tous ses aspects, du terrorisme à la prolifération des armes en passant par l'immigration illégale et la sécurité énergétique, serait gravement menacée".

Paris, mais aussi Berlin, Londres et Rome estiment qu'il faut d'ores et déjà préparer l'après-Assad en encourageant l'opposition à surmonter ses profondes divisions pour former un gouvernement de transition.

Fournir des armes aux rebelles n'est pas possible du fait de l'embargo décrété par l'UE. C'est pourquoi Londres et Paris ont choisi la voie de l'assistance "non létale", a expliqué le ministre britannique William Hague.

"Nous avons envoyé des équipements de communication à certains groupes d'opposition, des kits de purification de l'eau, et nous envisageons d'envoyer des vêtements de protection à certains d'entre eux", a-t-il expliqué aux journalistes.

La France fournit elle aussi des instruments de communication cryptée et des jumelles de nuit aux rebelles, selon son homologue français.

Mais la clé, selon M. Asselborn, reste au Conseil de sécurité de l'ONU, qui a essuyé "un véritable échec", paralysé par un veto russo-chinois à toute condamnation du régime syrien qui est décidé à en finir "à tout prix" avec la rébellion malgré les milliers de morts et les destructions depuis mars 2011.

Si nous ne parvenons pas à trouver "une position commune avec des sanctions réellement efficaces, alors beaucoup de gens vont encore perdre la vie en Syrie, et il y aura des dizaines de milliers de réfugiés en plus", estime-t-il.

La prochaine assemblée générale de l'ONU à New York sera l'occasion de nouvelles démarches. MM. Terzi et Fabius proposent à leurs homologues européens de se retrouver en marge pour "une éventuelle réunion extraordinaire" sur la Syrie.

yo/tp