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07/09/2012 11:39 EDT | Actualisé 07/11/2012 05:12 EST

Le dernier tour de piste de Barry

QUÉBEC - Après 14 années comme professionnel, Michael Barry a annoncé mercredi qu'il accrocherait son vélo au terme du Tour de Pékin le 13 octobre.

Un texte de Manon Gilbert

Une décision difficile qu'il a mûrie pendant plus d'un an, et encore davantage pendant qu'il soignait ses plaies à la suite d'une lourde chute au Tour du Qatar, en février, qui lui a laissé des fractures au fémur, au bras, au coude et aux côtes gauches.

Une fracture au même coude en juillet dans la troisième étape du Tour de Wallonie a confirmé son choix. Mais ce sont surtout ses fils, Liam 7 ans et Ashlian 5 ans, qui ont pesé le plus lourd dans la balance.

« Depuis l'an dernier, c'est plus difficile. Je sens que les garçons ont davantage besoin de leur père. Chaque fois que je pars, ils veulent que je reste, ils me demandent quand je vais revenir, raconte l'Ontarien qui célébrera ses 37 ans en décembre. Et puis, en Espagne, c'est plus compliqué. Ma femme Dede (NDLR : une ex-cycliste américaine, médaillée d'argent du contre-la-montre aux Jeux d'Athènes) ne peut pas compter sur nos familles pour lui donner un coup de main. »

Installé à Gérone, en Espagne, depuis plusieurs années, Barry soutient que c'est lui seul qui a eu le dernier mot. Dede aurait accepté qu'il roule une année de plus. Mais en constatant que la guérison somme toute rapide de sa seconde fracture au coude lui permettait de renouer avec l'action aux Grands Prix de Québec et de Montréal, il avait désormais un nouvel objectif.

« J'espère que j'aurai la forme, mais je veux surtout apprécier le moment. La foule va me donner des ailes. J'espère qu'à la fin, je serai capable de rouler à l'avant du peloton. Tout ce que je veux, c'est finir la course. »

Le vétéran de l'équipe britannique Sky a eu un petit avant-goût de ce qui l'attend lors des derniers Championnats canadiens en juin au Lac-Mégantic où il a fini 2e. Tout au long de la route, il a reconnu des visages familiers aperçus à ses premiers nationaux en 1992.

L'amitié et l'amour avant les résultats

Tombé dans le vélo dès sa tendre enfance, il a hérité de la passion de son père Michael, un ancien coureur britannique qui a tenu une boutique de vélo à Toronto jusqu'en 2007. Dès lors, son avenir était tracé.

Barry s'est toujours nourri de cette passion. Pour lui, les résultats ne sont que quelque chose de tangible qu'on peut mesurer. L'héritage de sa carrière est beaucoup plus riche.

« Ce que j'aime le plus, c'est de rouler et de m'entraîner avec ma femme, mes amis, affirme le Torontois. Le vélo m'a permis de gagner en maturité plus rapidement, il m'a appris à travailler fort, à me concentrer et à relaxer. Il m'a fait découvrir le monde, mais surtout, il m'a fait rencontrer des amis extraordinaires et ma femme. »

Au fil de la conversation, le polyglotte revient souvent sur ses amitiés nouées sur deux roues.

« Parfois quand j'enfourche mon vélo, je me remémore les belles conversations que j'ai eues avec des amis quand nous avons roulé sur cette même route. Finalement, ce sont les moments que j'ai partagés avec mes coéquipiers à l'entraînement ou dans l'autobus après la course qui ont marqué ma carrière. Je suis fier de ma carrière. J'ai fait de mon mieux et j'ai tout donné. »

Un coéquipier recherché

Contrairement à Ryder Hesjedal, Barry n'a jamais beaucoup vu les projecteurs se braquer sur lui. Ses résultats les plus marquants sont une 7e position aux Championnats du monde de 2003, le meilleur résultat canadien depuis la médaille de bronze de Steve Bauer en 1984, et une 9e aux Jeux olympiques de Pékin, en plus de deux victoires d'étape au Tour d'Autriche (2005) et du Missouri (2008).

En 2010, il a réalisé un rêve vieux de 30 ans en participant à son premier Tour de France après quatre Tours d'Espagne et cinq Tours d'Italie.

Mais son rôle, même si effacé, s'est avéré essentiel et précieux auprès de ses plus glorieux compagnons de route. D'ailleurs, Lance Armstrong et George Hincapie, d'anciens coéquipiers chez US Postal, ont louangé son abnégation, ce qui en fait l'un des domestiques (coureur de soutien) les plus recherchés et appréciés du milieu.

Barry a justement pondu un livre sur le sujet, Le Métier, son troisième opus après Inside the Postal Bus et Fitness Cycling. Sa belle plume lui a aussi valu de signer plusieurs chroniques pour le New York Times.

L'écriture fera d'ailleurs partie de ses plans d'après-carrière. Pas de livre sur sa vie, ce serait contraire à sa personnalité, mais plutôt des ouvrages pour faire découvrir l'âme à l'intérieur de peloton. Tout pour le garder brancher sur sa passion, reste seulement à déterminer dans quel rôle.

« Je veux prendre quelques mois pour apprécier la vie de famille. Ensuite, je prendrai une décision : travailler pour une équipe ou pour l'organisation d'une course, entraîner des coureurs ou même seulement montrer à des gens comment bien rouler, travailler dans le domaine politique pour favoriser le transport en vélo, je ne ferme aucune porte, tant que je demeure impliquer dans le sport. »

Seule chose certaine, une fois que ses deux garçons auront terminé leur année scolaire, la famille Barry retraversera l'Atlantique pour s'installer au Canada. Une excellente nouvelle pour le cyclisme canadien qui, espérons-le, saura tirer profit de l'expérience de ce grand gentleman.