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06/09/2012 12:38 EDT | Actualisé 06/11/2012 05:12 EST

Pour le patriarche maronite, les chrétiens de Syrie sont pro-stabilité

Le patriarche maronite libanais, chef d'une influente Eglise catholique orientale, a affirmé jeudi à l'AFP que les chrétiens de Syrie n'étaient pas en faveur du régime de Damas mais attachés avant tout à la stabilité de leur pays.

Mgr Béchara Raï s'exprimait près d'une semaine avant la visite du pape Benoît XVI au Liban (14-16 septembre), 15 ans après celle historique de son prédécesseur Jean-Paul II dans le petit pays multiconfessionnel, en plein conflit armé dans la Syrie voisine.

"Aux Occidentaux qui disent que les chrétiens soutiennent le régime syrien, je leur dis: les chrétiens sont avec l'Etat et non pas avec le régime. Il y a une grande différence (...). Ils se soucient de la stabilité de leur pays, pas du régime", a-t-il déclaré.

"En Irak, lorsque Saddam Hussein a été renversé, nous avons perdu un million de chrétiens. Pourquoi ? Pas parce que le régime est tombé, mais parce qu'il n'y avait plus d'autorité, il y a eu un vide", a insisté le patriarche.

En raison des attentats menés par des groupes extrémistes, et de l'exode massif qui s'en est suivi, le nombre de chrétiens en Irak est passé d'un million sous Saddam Hussein à 4.000 actuellement.

"En Syrie, c'est la même chose. Les chrétiens ne sont pas attachés au régime mais ils ont peur du pouvoir qui va venir après", a souligné Mgr Raï, lors d'un entretien au siège patriarcal estival à Dimane, dans le nord-est du Liban.

Le raz-de-marée islamiste dans des pays du Printemps arabe a provoqué l'émoi des minorités chrétiennes déjà inquiètes pour leur survie et qui redoutent de voir le Moyen-Orient multi-religieux changer de visage.

Les chrétiens de Syrie -- près de 5% sur une population de 22 millions d'habitants, au sein desquels les maronites sont une minorité -- jouissent de la liberté religieuse depuis l'arrivée du parti Baas laïque lui-même dirigé par une minorité, les alaouites (10%), et beaucoup redoutent des actes de vengeance de la part d'extrémistes sunnites en cas de chute du régime.

"On se pose tout le temps la question de l'avenir des chrétiens d'Orient", a affirmé le patriarche, l'une des personnalités chrétiennes les plus influentes dans la région. "En temps de guerre, de crises économiques et d'insécurité, tout le monde souffre, chrétiens et musulmans".

"Malheureusement, quelques fois, ils sont l'objet d'attaques comme en Egypte (contre les coptes) et en Irak. En Syrie, les chrétiens ont subi le sort des autres. Quand il y a eu des bombardements à Homs (centre) et Alep (nord), ils ont fui", a-t-il poursuivi.

"Qui attaque les chrétiens ? Pas les musulmans modérés, qui représentent la majorité, mais les fondamentalistes qui les traitent d'infidèles", a-t-il rappelé.

Le patriarche a cependant insisté pour que les chrétiens d'Orient ne soient pas traités comme des "citoyens de seconde classe" ou "des minorités à protéger". "Ils sont là depuis 2.000 ans, avec l'avènement du Christ et ils ont joué un rôle prépondérant dans leurs pays respectifs, tout comme les musulmans".

Selon des statistiques non officielles, les chrétiens --autrefois tous-puissants au Liban-- représentent environ 34% de la population de ce pays de plus de 4 millions d'habitants, soit le plus fort pourcentage pour un pays du Moyen-Orient.

Les maronites, dont l'Eglise est rattachée au Vatican, viennent en tête. Le président de la République est issu de leur communauté, ce qui fait du Liban le seul pays arabe dont le chef d'Etat est chrétien. En outre, la parité entre musulmans et chrétiens est respectée au Parlement.

Les Libanais, chrétiens comme musulmans, sont divisés entre partisans et opposants du régime de Bachar al-Assad, provoquant de tensions politiques et parfois des affrontements confessionnels meurtriers dans le nord du pays.

"Au Liban, nous devons chercher à construire l'unité (...), mais ce n'est pas par magie que ça se fait", a déclaré Mgr Raï, en estimant que le pape devrait insister sur le "message de coexistence" entre chrétiens et musulmans que représente le Liban.

ram/fc