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06/09/2012 11:57 EDT | Actualisé 06/11/2012 05:12 EST

Marikana: les grévistes refusent un accord de sortie de crise

Les grévistes de Marikana ont refusé jeudi de signer un accord conclu dans la nuit entre syndicats majoritaires et direction de la mine, visant à mettre un terme à un conflit social meurtrier qui a plongé l'Afrique du Sud en état de choc.

Trois semaines jour pour jour après le massacre de 34 mineurs en grève par la police, le conflit salarial à l'origine du mouvement n'est toujours pas résolu.

"Nous ne pouvons pas accepter de signer ça. Si on signe ce truc, les ouvriers doivent reprendre le travail. Mais ils ne vont pas reprendre le travail", a déclaré à l'AFP le représentant des grévistes non syndiqués, Zolisa Bodlani.

Quelques heures plus tôt, l'exploitant du site de platine Lonmin, les syndicats majoritaires et le ministère du Travail avaient signé un accord prévoyant la reprise du travail à une date non déterminée et l'ouverture de négociations salariales sur la base des revendications des grévistes.

Mais pour les grévistes, et la petite formation AMCU, qui avait encouragé la grève sauvage début août, le point d'achoppement demeure le salaire qu'ils veulent voir porté à 12.500 rands (1.250 euros) avant de reprendre le travail.

Ils affirment gagner actuellement 4.000 rands (400 euros) comme le mari de Nondumiso, rencontrée jeudi par l'AFP à Marikana et qui a touché 1.500 rands pour les huit jours travaillés en août avant le début de la grève.

"J'attends le compte-rendu des gens qui ont participé à la réunion", a confié un autre mineur, Malizo, 29 ans qui vit dans un bidonville. "S'ils arrivent avec ce qu'il faut, si Lonmin envoie l'argent, on retourne au travail. Sinon on reste à la maison".

Bien que l'émotion immense qui avait saisi le pays après la fusillade du 16 août soit partiellement retombée, tous les médias du pays continuent à suivre le conflit.

Jeudi, le reste des 270 mineurs qui avaient été arrêtés le 16 août lors de la fusillade policière, ont été remis en liberté, sauf 5 toujours hospitalisés.

A trois mois d'un congrès clé de l'ANC au pouvoir, le parti qui a libéré l'Afrique du Sud de l'apartheid et promis une vie meilleure pour tous, les 44 morts de Marikana - dont dix tués dans des violences intersyndicales avant le massacre du 16 août - continuent d'alimenter les polémiques.

En début de semaine, l'archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, déclarait que "Marikana ressemblait à un cauchemar, mais c'est ce que notre démocratie de 2012 est devenue".

Puis il a de nouveau fustigé les inégalités qui, selon lui, sont à la racine de la violence sociale en Afrique du Sud: "Il est difficile de croire que des gens empochent autant d'argent, ont autant de privilèges, tandis que la masse souffre dans des bidonvilles (...) c'est légal, mais est-ce moral?".

Sur le même thème, mais beaucoup plus politique, le jeune tribun populiste Julius Malema a tiré profit du drame de Marikana pour surgir de l'anonymat politique dans lequel il était plongé, depuis son expulsion de l'ANC en avril.

Haranguant les foules de mineurs, y compris le jour de la cérémonie d'hommage aux victimes de Marikana, il promet une "révolution des mines", et somme le président Jacob Zuma de démissionner, l'accusant d'être à la botte des puissants groupes miniers.

Cette agitation a fini par inquiéter les milieux d'affaires, qui craignent à terme que les investisseurs étrangers ne désertent l'Afrique du Sud.

"(...) le reste des mines travaillent, de même que la majeure partie de l'industrie qui continue d'exporter", a rassuré le ministre des Finances Pravin Gordhan jeudi.

Cette crise a en tout cas jeté à la face de l'Afrique du Sud la condition misérable de nombre de ses mineurs, dix-huit ans après la fin du régime raciste de l'apartheid. Alors même que la richesse du sous-sol (or, diamant, charbon, platine) reste la source principale de la prospérité du pays.

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