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05/09/2012 03:05 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Un incident dans la plus vieille centrale nucléaire de France relance le débat

Un incident de nature chimique a eu lieu mercredi dans la plus ancienne centrale nucléaire de France, à Fessenheim (est), où deux personnes ont été légèrement brûlées, relançant aussitôt un débat sur les dangers du nucléaire et l'avenir de la filière.

Le gouvernement, comme le groupe Electricité de France (EDF) qui exploite 19 sites de production nucléaire dans le pays, se sont voulus rassurants sur la portée de cet incident survenu dans la doyenne controversée des centrales françaises.

La ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Delphine Batho, "s'est immédiatement entretenue avec l'Autorité de sûreté nucléaire qui lui a confirmé que cet incident est sans enjeu de sûreté", a souligné son ministère. Mme Batho, qui a qualifié l'incident "d'accident du travail", a demandé "un rapport complet sur cet événement qui sera rendu public".

Survenu vers 15H00 (13H00 GMT), l'incident de nature chimique a provoqué l'intervention d'une cinquantaine de pompiers après le déclenchement de systèmes d'incendie de la centrale. Mais il n'y avait aucune fumée visible ni de mouvements de panique autour de la centrale, selon un photographe de l'AFP arrivé sur place vers 17H00.

"C'est un accident du travail, pas un accident nucléaire", et "il n'y a pas d'impact environnemental", a souligné le directeur de la centrale, Thierry Rosso, lors d'une conférence de presse téléphonique.

Un porte-parole du groupe a fait état de deux agents "légèrement brûlés à travers leurs gants", suite à un incident lié à la manipulation d'un produit chimique, et non à un incendie.

Les deux salariés "ont simplement une irritation sur les doigts", a nuancé M. Rosso. "Huit autres salariés ont subi des contrôles préventifs parce qu'ils se trouvaient dans la zone", a-t-il ajouté.

L'incident a été provoqué lors d'une manutention d'eau oxygénée, dans le cadre de manoeuvres d'exploitation courantes liées au traitement d'eaux usées, a expliqué EDF. Il s'est produit dans un bâtiment auxiliaire situé près des deux réacteurs nucléaires de la centrale, mais pas à l'intérieur de ceux-ci, a-t-il précisé.

Un représentant syndical dans la centrale, Jean-Luc Cardoso, a lui aussi estimé que l'événement n'était "pas si grave".

En service depuis 1977, la centrale de Fessenheim est située au bord du Rhin, face à l'Allemagne, et à 40 km de Bâle, en Suisse. L'Allemagne y détient une participation de 17,5% et la Suisse de 15%.

Le président socialiste François Hollande s'est engagé durant la campagne électorale à fermer la doyenne des centrales d'ici à 2017, quand l'installation aura 40 ans. Mais il n'a pas pas prévu de fermer d'autres centrales d'ici 5 ans.

L'engagement global de M. Hollande est cependant de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production électrique française.

Pour le député écologiste François de Rugy, cet incident vient rappeler à "tous ceux qui croyaient qu'avec le nucléaire il n'y avait pas de problème de sécurité, qu'il y a toujours un danger".

Un autre député écologiste, Noël Mamère, a aussitôt estimé que l'incident était la preuve qu'il ne fallait surtout pas se lancer dans des opérations coûteuses pour tenter de "rafistoler" des centrales vieillissantes. "La filière d'avenir ce sont les énergies renouvelables et certainement pas le nucléaire", a-t-il dit.

La querelle nucléaire entre socialistes et écologistes a été récemment rallumée par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg quand il a salué une filière "d'avenir", là où les écologistes membres du gouvernement voient une menaçante technique du passé.

L'accident nucléaire japonais de Fukushima, provoqué le 11 mars 2011 par un tremblement de terre géant suivi d'un tsunami, avait conduit à une révision de la politique énergétique de certains pays. L'Allemagne et la Suisse avaient notamment décidé leur retrait progressif de l'atome.

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