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05/09/2012 06:16 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

La Banque du Canada laisse son taux directeur à 1% et voit une embellie en 2013

OTTAWA - La Banque du Canada a laissé entendre mercredi qu'elle devrait laisser ses taux d'intérêt à leurs très bas niveaux pendant encore un moment parce qu'une croissance économique plus vigoureuse n'était pas attendue au pays avant l'an prochain.

Comme prévu, le groupe de décideurs de la banque centrale, dirigé par le gouverneur Mark Carney, a maintenu son taux d'intérêt directeur à un pour cent mercredi matin. Il est à ce niveau depuis maintenant deux ans.

Et même si M. Carney exprime toujours une préférence pour un resserrement de la politique monétaire — ce qui signifie que la prochaine modification au taux directeur devrait être une hausse — il a laissé entendre mercredi que la faiblesse des taux d'intérêt était au moins partiellement responsable du fait que l'économie canadienne ait réussi à garder sa tête hors de l'eau malgré les turbulences mondiales.

«Au Canada, bien que les vents contraires extérieurs continuent à freiner l'activité économique, le rythme sous-jacent de l'économie est encore sensiblement le même que celui de la production potentielle», a affirmé la banque dans le communiqué expliquant sa décision.

«L'expansion économique devrait s'accélérer au cours de 2013, la consommation et les investissements des entreprises demeurant les principaux moteurs de la croissance, à la faveur de conditions financières très expansionnistes.»

La banque centrale n'a pas changé son discours quant à un éventuel resserrement de la politique monétaire.

«Dans la mesure où l’expansion économique se poursuit et l'offre excédentaire au sein de l'économie se résorbe graduellement, il se peut qu'une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée, de façon à atteindre la cible d'inflation de deux pour cent à moyen terme.»

Mais l'économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, croit qu'avec une croissance qui avoisine les deux pour cent, l'économie ne semble pas en voie de réaliser grand progrès pour réduire l'écart de production — la mesure du temps à s'écouler avant que l'économie tourne à plein régime.

La croissance économique du Canada s'est établie à 1,8 pour cent tant pour le premier que pour le deuxième trimestre cette année, et les projections visent une performance similaire pour la deuxième moitié de l'année.

L'économiste Douglas Porter, de la Banque de Montréal, a aussi accordé peu d'importance aux paroles de la banque quant à un éventuel resserrement.

«La banque a collé à son biais extrêmement modéré en faveur d'un resserrement, mais cette inclinaison semble se rapprocher davantage d'une idée que d'un engagement», a-t-il noté.

«Nous nous attendons maintenant à ce que la banque reste sur la voie de service jusqu'a ce que 2013 soit bien entamée, même s'ils continuent à signaler que leur prochain changement sera plus vraisemblablement une hausse qu'une baisse.»

La bonne nouvelle, selon la banque, se trouve dans les signes de ralentissement des dépenses des ménages, même si le fardeau de leur dette continue de croître. Cela pourrait enlever une partie de la pression qui pèse sur les banques et permettre à ces dernières de hausser leurs taux pour affronter une bulle immobilière.

En outre, la banque centrale ne s'inquiète pas de l'inflation, qui devrait, selon elle, retourner à son niveau cible de deux pour cent au cours des 12 prochains mois.

Le secteur de l'exportation reste un des plus importants boulets de l'économie, a indiqué la banque, en raison de la faiblesse de la demande étrangère et des problèmes au chapitre de la compétitivité, ainsi que la vigueur du dollar canadien. Les exportations ne devraient pas renouer avec leur sommet d'avant la récession avant le début 2014, a-t-elle ajouté.

L'analyse de la banque centrale est semblable à celle de plusieurs économistes du secteur privé, qui croient que M. Carney ne sera pas en mesure de faire grimper les taux d'intérêt avant la mi-2013 au plus tôt, et seulement si les conditions mondiales s'améliorent.

La déclaration de la banque ne laisse cependant pas entrevoir de revirement dans l'économie mondiale à court terme.

«L'économie américaine continue de croître à un rythme graduel, affirme la Banque dans son communiqué. L'Europe est en récession et la crise, bien que contenue, reste aiguë.»

«En Chine et dans les autres grands pays émergents, la croissance décélère un peu plus vite que prévu par rapport à la cadence rapide enregistrée auparavant, sous l’effet du resserrement passé des politiques, de la demande extérieure plus faible et des défis que présente le rééquilibrage vers des sources de croissance intérieures.»

Par ailleurs, la banque a noté que les prix du pétrole et d'autres matières premières produites au Canada avaient, en moyenne, progressé depuis juillet.

La Banque du Canada n'a pas émis de nouvelle prévision mercredi, mais elle a fait remarquer que les conditions restaient essentiellement les mêmes qu'en juillet. Elle avait alors estimé que l'économie canadienne progresserait de 2,1 pour cent cette année et de 2,3 pour cent l'an prochain.