NOUVELLES
05/09/2012 05:26 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Jean Charest: battu mais toujours battant

Défenseur de l'unité canadienne, Jean Charest, défait aux législatives mardi au Québec, n'a pas pu imposer ses thèmes pendant la campagne, en dépit de sa pugnacité légendaire et d'un bilan indéniablement positif en matière économique.

Sourire de chérubin, cheveux gris bouclés, moral d'acier et répartie assassine, cet avocat de formation de 54 ans a été victime du désir de changement de l'électorat et de l'usure du pouvoir, après trois mandats à la tête du Québec, même si au final, sa formation, le Parti libéral du Québec (PLQ), a fait nettement mieux que prévu.

M. Charest a cependant mordu la poussière dans sa circonscription de Sherbrooke, à 150 km à l'est de Montréal, où il s'était fait élire pour la première fois il y a 28 ans, sans jamais perdre depuis.

Sans surprise, le chef de gouvernement sortant a annoncé mercredi sa démission de la direction du PLQ: "Le temps est venu pour moi et ma famille de faire un nouveau pas, de tourner une page."

Sa défaite, Jean Charest la doit surtout aux soupçons de corruption dans l'octroi de contrats dans les travaux publics qui ont embarrassé son gouvernement dans les dernières années, même si son intégrité personnelle n'a jamais été remise en question.

M. Charest a résisté à l'idée de créer une commission d'enquête sur cette question pendant plus de deux ans avant de s'y rallier à l'automne dernier, sous la pression de l'opinion publique et de l'opposition.

Il a annoncé la tenue du scrutin de mardi avant que cette commission ne reprenne ses travaux, fournissant ainsi des munitions à ses adversaires, qui ont réussi à imposer la nécessité du "changement" comme un grand thème de la campagne.

Il s'est aussi attiré les foudres d'une partie de l'électorat, qui ne lui a pas pardonné sa position ferme -- mais relativement populaire -- dans le long conflit avec les étudiants sur la hausse des frais de scolarité.

 

Déterminé ou arrogant?

----------------------

 

"Jean Charest est mû par une confiance inébranlable et par une capacité innée à relancer le blâme sur les autres", écrivait vendredi Vincent Marissal, chroniqueur du quotidien La Presse en soulignant que plusieurs y percevaient plutôt "de l'arrogance", là où ses partisans ne voyaient que de la "détermination".

Marié depuis 1980, père de trois grands enfants et bientôt grand-père, Jean Charest, ami personnel de Nicolas Sarkozy, avait entamé sa carrière politique en 1984 en se faisant élire à Ottawa comme député conservateur.

En 1995, lors du dernier référendum sur l'indépendance du Québec, il fait une sortie mémorable en promettant que personne ne lui "ôtera jamais son passeport canadien". Il fait mouche, les indépendantistes perdent le référendum d'un cheveu et il est consacré dans le reste du pays "Capitaine Canada". Les indépendantistes voient plutôt en lui un "traître".

En 1997, face à la menace d'un nouveau référendum, il renonce à ses ambitions de devenir Premier ministre du Canada pour aller chasser les "séparatistes" chez lui.

Acclamé au PLQ, qui perd les élections de 1998, il doit attendre cinq ans pour devenir Premier ministre provincial.

Promettant de réformer l'Etat-providence québécois, son gouvernement s'enlise dans des dossiers controversés et devient minoritaire en 2007. Convoquant des élections anticipées l'année suivante, il reconquiert une majorité pour faire face à la crise économique mondiale.

M. Charest laisse un héritage controversé mais aussi un ambitieux plan de développement économique et de protection de l'environnement du Nord du Québec.

jl/sab/mdm