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05/09/2012 08:10 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Abdallah al-Senoussi, éminence grise de Kadhafi et artisan de la répression

Le Libyen Abdallah al-Senoussi, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), la France et livré à son pays par la Mauritanie, a été un pilier du régime de Mouammar Kadhafi et l'un des artisans de la répression sanglante contre la rébellion de 2011.

Beau-frère par alliance de l'ancien "Guide de la révolution" - son épouse est la soeur de Safia Farkash, deuxième épouse de Mouammar Kadhafi -, ce colonel faisait partie du premier cercle et il a longtemps dirigé les renseignements militaires libyens, l'"un des organes de répression les plus puissants et efficaces du régime", selon les termes de la CPI.

Quelques semaines après le début de la révolte contre M. Kadhafi en février 2011, la rébellion avait annoncé le limogeage de ce responsable redouté par la population, mais l'information n'avait pas été confirmée par le régime.

Son programme est incertain entre sa dernière apparition publique en Libye, en août 2011, et son arrestation en Mauritanie en mars 2012.

Des sources dans les services de sécurité du Niger et du Mali avaient affirmé en octobre 2011 qu'il était passé du Niger au Mali avec quelques-uns de ses hommes. En novembre 2011, les autorités libyennes avaient annoncé son arrestation dans la région de Sabha, dans le sud de la Libye, fief de sa puissante tribu des Megarha, avant de se rétracter.

Ce qui est sûr, selon plusieurs sources mauritaniennes, c'est que M. al-Senoussi est entré en Mauritanie avec un passeport malien sous une fausse identité et a été arrêté dans la nuit du 16 au 17 mars à l'aéroport de Nouakchott, alors qu'il arrivait du Maroc. Il avait été placé en garde à vue avant d'être inculpé le 21 mai de "falsification de document de voyage" et entrée illégale dans le pays. Il était détenu à Nouakchott depuis son arrestation et jusqu'à son extradition, annoncée mercredi.

Un responsable mauritanien a assuré à l'AFP que M. al-Senoussi avait "effectivement quitté la Mauritanie" mercredi, mais aucun détail supplémentaire n'était disponible, ni sur la date de son départ de Nouakchott ni sa ville de destination ni sur les conditions de son voyage.

Depuis l'annonce de son arrestation en Mauritanie, Tripoli a régulièrement réclamé son extradition, en lui promettant un procès équitable devant la justice libyenne.

Et jusqu'à l'annonce officielle de son extradition mercredi, les autorités mauritaniennes avaient indiqué qu'elles entendaient le juger en Mauritanie avant toute décision concernant son éventuelle extradition.

"C'est lorsque la justice mauritanienne aura terminé avec son dossier qu'une décision politique sera envisagée pour son extradition. (...) M. al-Senoussi a des problèmes avec la justice en Mauritanie, il doit être jugé pour son entrée avec une fausse identité en Mauritanie", avait dit le président Ould Abdel Aziz lors d'une déclaration publique le 6 août à Atar (nord de la Mauritanie).

Aucune indication n'a été donnée sur ces annonces de poursuites à son encontre en Mauritanie.

Abdallah al-Senoussi était aussi visé par une demande d'extradition de la France, qui veut le juger pour son rôle dans l'attentat contre un avion d'UTA en 1989. Il a été déjà condamné par contumace en 1999 à la prison à vie par la justice française pour son rôle dans cet attentat ayant fait 170 morts.

M. al-Senoussi est aussi depuis le 27 juin 2011 visé par un mandat d'arrêt de la CPI, qui l'accuse d'avoir, "par l'intermédiaire de l'appareil d'Etat libyen et des forces de sécurité libyennes", commis "des meurtres et des persécutions de civils constitutifs de crimes contre l'humanité" dès le début de la révolte, en particulier à Tripoli, Benghazi et Misrata, les trois grandes villes du pays.

Il est aussi soupçonné pour le massacre de la prison d'Abou Salim à Tripoli, où ont été incarcérés de nombreux prisonniers politiques et où plus d'un millier de détenus ont été tués dans une fusillade en 1996.

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