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03/09/2012 08:27 EDT | Actualisé 03/11/2012 05:12 EDT

Un prêcheur radical islamiste inculpé après les émeutes au Kenya

Un prêcheur islamiste radical kényan, accusé par Washington de soutien aux islamistes somaliens shebab, a été inculpé lundi à Mombasa d'incitation aux récentes violences, consécutives à l'assassinat dans cette ville de la côte kényane d'une autre figure de l'islamisme radical au Kenya.

Abubaker Shariff Ahmed, alias Makaburi, s'est livré lundi matin à la justice, disant craindre pour sa vie après l'assassinat d'un autre prédicateur radical, Aboud Rogo Mohammed, abattu le 27 août par des hommes armés non identifiés. Ce meurtre avait déclenché plusieurs jours de graves émeutes ayant fait au moins cinq morts, dont trois policiers.

Makaburi figure, au côté de Rogo, sur une liste d'individus cibles de sanctions de la part de l'ONU et des Etats-Unis qui les accusent d'avoir recruté des combattants et levé des fonds pour les shebab. Il a plaidé lundi non coupable d'avoir incité aux violences dans la capitale de la très touristique province côtière, dont la population est majoritairement musulmane.

Dans une interview publiée lundi matin par le quotidien kényan Daily Nation, Abubaker Shariff Ahmed a indiqué craindre pour sa vie après l'assassinat de Rogo, que ses sympathisants attribuent aux forces de l'ordre et qualifient d'"exécution extrajudiciaire". La police a nié ces accusations.

"Il y a un escadron de tueurs visant les religieux musulmans et les musulmans perçus comme extrémistes", a déclaré M. Ahmed au journal, "il nous ont accusés de terrorisme, mais ont refusé de fournir la moindre preuve. A la place, ils envoient des gens pour nous tuer".

Devant le tribunal, le procureur Peter Mukuti a accusé le prédicateur d'avoir appelé depuis une mosquée ses sympathisants à attaquer les forces de l'ordre et à brûler les églises et de s'être caché depuis pour échapper à la police.

"Mon client ne se cachait pas puisque aucun policier n'est jamais venu le chercher", a rétorqué son avocat, Mbugua Mureithi, "il n'y a pas eu de tentative par la police d'arrêter mon client".

Le tribunal a placé le prévenu en détention provisoire jusqu'au 5 septembre en attendant une audience de demande de mise en liberté sous caution.

Abubaker Shariff Ahmed et Aboud Rogo Mohammed dénonçaient fermement l'entrée en octobre de l'armée kényane dans le sud de la Somalie pour y combattre les shebab.

Le ministère américain des Finances qualifie M. Ahmed de "proche associé" de feu Rogo et estime qu'il est "l'un des principaux organisateurs du recrutement de jeunes musulmans kényans" pour intégrer les rangs des shebab en Somalie.

Il a été placé en juillet sur une liste de sanctions américaines visant ceux "engagés dans des actes qui menacent directement ou indirectement la paix, la sécurité et la stabilité en Somalie" et est plus spécifiquement accusé d'avoir collecté et géré des fonds pour les shebab.

Selon Washington, M. Ahmed a fait "de fréquents voyages dans les fiefs des shebab en Somalie" et a des "liens étroits" avec les hauts responsables shebab.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a réclamé une enquête sur le meurtre de Rogo, soulignant qu'il intervient après la disparition ou la mort ces derniers mois de plusieurs personnes accusées de liens avec les shebab.

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