NOUVELLES
03/09/2012 02:41 EDT | Actualisé 03/11/2012 05:12 EDT

Odeur de mort et dévastation après une rude bataille dans un quartier d'Alep

Six corps putréfiés gisent sur une avenue de Seif al-Dawla, un quartier stratégique d'Alep dont la prise des hauteurs par l'armée après une rude bataille va faciliter la conquête de la ville selon des officiers sur place.

"Ce fut très difficile, car les terroristes occupaient les deux centres commerciaux situés de chaque côté de la rue et pouvaient ainsi terrifier les alentours", assure le colonel qui accompagne les journalistes de l'AFP dans le tohu-bohu laissé par cette guerre sans pitié.

Dans le beau vocabulaire des militaires loyalistes -comme des responsables politiques- syriens, les "terroristes" désignent les rebelles armés. Le mouvement de contestation contre le régime lancé en mars 2011 a été sévèrement réprimé et s'est transformé au fil des mois en conflit armé.

Les deux centres commerciaux sont des tours de 10 étages dont il ne reste que la charpente, le revêtement en vert bleu ayant été pulvérisé.

Par les béances, il est possible de voir à un étage quelques vêtements d'enfants accrochés à une tringle, du matériel électronique à un autre étage, ainsi qu'une salle de restaurant.

"Il a fallu utiliser un feu nourri pour faire diversion et permettre à une escouade de pénétrer dans l'immeuble, puis nous nous sommes battus étage par étage, jusqu'au dernier, où nous avons trouvé les fusils à lunette utilisées par les francs-tireurs", explique l'officier.

Sur la chaussée, un taxi et plusieurs camionnettes sont arrêtés, inertes. Les pare-brise sont criblés de balles. Dans les bâtiments cossus en pierre de taille, de chaque côté de l'avenue, des appartements sont calcinés.

Mais le quartier de Seif al-Dawla, situé dans l'ouest d'Alep, deuxième ville du pays à 355 km au nord de Damas, n'est pas encore totalement sécurisé. Par précaution, le colonel fait marcher ses hommes et les journalistes en file indienne en collant aux murs.

Dans une rue perpendiculaire, des soldats évacuent dans un drap jaune le corps de l'un de leurs camarades, déchiqueté par une roquette anti-char tirée par un rebelle.

Puis, 50 mètres plus loin, l'artère amorce une descente: c'est le début du territoire ennemi.

"Ils ont encore une présence mais ils ont perdu l'avantage stratégique qu'ils possédaient en occupant ces deux tours et la butte", estime un autre officier.

Un commandant tient en main un cahier d'écolier récupéré dans un appartement autrefois occupé par les rebelles. Sur l'une des pages, figurent les tours des gardes et les heures de congé des combattants. Dans la première colonne, un surnom arabe est inscrit comme par exemple "Abou Firas", sa nationalité, et ses heures de "présence".

Selon ce document la moitié sont des Libyens, des Turcs, des Tunisiens, des Tchétchènes et des Yéménites et l'autre moitié est syrienne.

"La prise samedi des hauteurs de Seif al-Dawla est un tournant dans la bataille pour la libération d'Alep et je pense que d'ici deux jours, si Dieu le veut, tout le quartier sera entre nos mains", indique à l'AFP le chef des opérations militaires dans l'ouest d'Alep.

Et d'ajouter: "d'ici dix jours, Alep sera purifiée". Ce mot est souvent utilisé par les autorités dès que leurs forces délogent les rebelles d'un secteur.

"Le plus difficile est fait, car le paysage urbain est désormais composé d'immeubles de trois ou quatre étages", assure en souriant ce général, chef des unités de commandos. "Nous allons avancer rapidement".

sk-rim/ram/tp