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23/07/2012 05:42 EDT | Actualisé 22/09/2012 05:12 EDT

La Syrie menace d'avoir recours aux armes chimiques en cas d'attaque étrangère

BEYROUTH - La Syrie a menacé lundi d'avoir recours aux armes chimiques en cas d'attaque étrangère, reconnaissant ainsi pour la première fois disposer d'un tel arsenal. Le régime syrien a assuré que ces armes ne seraient jamais utilisées contre la population civile, alors que de violents combats se poursuivaient entre les forces gouvernementales et les insurgés à Alep, dans le nord du pays, ainsi que dans la capitale.

«Aucune arme chimique ou biologique ne sera utilisée, et je le répète, ne sera jamais utilisée pendant la crise en Syrie, quels que soient les développements à l'intérieur» du pays, a affirmé le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères, Jihad Makdissi.

«Tous ces types d'armes sont stockées et en sécurité, sous la surveillance directe des forces armées syriennes. Elles ne seront jamais utilisées, à moins que la Syrie soit exposée à une agression extérieure», a ajouté M. Makdissi lors d'une conférence de presse diffusée par la télévision publique.

Le gouvernement syrien a ensuite tenté d'atténuer la portée des propos de M. Makdissi, en affirmant qu'ils avaient été sortis de leur contexte. Selon le gouvernement syrien, la presse étrangère a eu tort de mettre de l'avant la question des armes chimiques, un «faux prétexte» pour préparer «l'opinion publique internationale à une intervention militaire» en Syrie.

Selon des spécialistes des questions de défense, le régime syrien détiendrait des gaz neurotoxiques, du gaz moutarde, des missiles Scud capables de projeter ces gaz mortels, ainsi que des armes conventionnelles perfectionnées, dont les derniers modèles de lance-missiles portatifs et des lance-roquettes.

Certains pays, Israël en particulier, redoutent que de telles armes tombent entre les mains de militants du Hezbollah ou d'Al-Qaïda. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et son ministre de la Défense, Ehoud Barak, ont réaffirmé le week-end dernier que l'État hébreu interviendrait militairement si nécessaire pour empêcher cette possibilité.

D'après un haut responsable du renseignement américain, les forces syriennes ont déplacé des armes chimiques qui se trouvaient dans le nord du pays, là où les combats contre l'insurrection sont les plus violents, pour les mettre en sécurité. Les services américains ont intensifié leurs opérations de surveillance, selon ce responsable qui a requis l'anonymat.

Lors de sa conférence de presse, le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères n'a pas parlé des attentats qui ont tué quatre hauts responsables de la sécurité nationale la semaine dernière à Damas.

«Oui, il y a des combats dans certaines rues de certains quartiers» d'Alep et de Damas, «mais la situation est à présent bien meilleure», a affirmé M. Makdissi. L'Observatoire syrien des droits de l'homme a de son côté fait état de violents combats à Alep, notamment dans les quartiers Sakhour et Hanano.

Plusieurs vidéos postées sur Internet par des militants montrent des rebelles dans le quartier de Sakhour priant et exultant devant un char de l'armée incendié.

Le commandant de l'insurrection dans la province d'Alep, le colonel Abdul-Jabbar Mohammed Aqidi, a annoncé dimanche le lancement d'une opération pour «libérer» la ville des forces gouvernementales. Des insurgés combattent dans la ville même, tandis que d'autres progressent à partir de la périphérie, a-t-il dit.

Face aux violences, la Turquie a rappelé son consul général à Alep. Le diplomate est rentré lundi pour une durée indéterminée, a annoncé un responsable du ministère turc des Affaires étrangères.

À Damas, la télévision officielle a diffusé des images de quartiers «nettoyés» des rebelles, alors que des vidéos des militants de l'opposition montraient des raids menés par des hommes armés en uniforme, fouillant des maisons et cassant des portes. Ces hommes, vêtus d'uniformes militaires dépareillés, de casquettes et de chaussures de course, suggèrent qu'ils appartiennent à des milices et non à l'armée régulière.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil el-Araby, a proposé lundi matin «une sortie sûre» au président syrien Bachar el-Assad s'il décidait de quitter le pouvoir.

«Cette requête émane de tous les (...) États arabes», a déclaré le premier ministre du Qatar, Cheikh Hamid bin Jassim al-Thani, lors d'un sommet des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe lundi à Doha. Il a exhorté la Syrie à former un gouvernement de transition pour préparer l'après-Assad.

La Ligue arabe a également promis une aide de 100 millions $ US pour les réfugiés syriens accueillis dans les pays voisins. Elle a exhorté les organisations internationales à couper tout lien avec le régime de Damas.

De son côté, l'Union européenne (UE) a renforcé son embargo sur les armes en Syrie, en demandant à ses États membres d'intercepter les navires et les avions transportant des cargaisons suspectes à destination de la Syrie.