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22/07/2012 09:17 EDT | Actualisé 21/09/2012 05:12 EDT

Rafle du Vél d'Hiv: après Chirac, Hollande reconnaît un crime de la France

Le président français François Hollande a reconnu dimanche que la rafle de Juifs du "Vél d'hiv" à Paris en juillet 1942 avait été un "crime commis par la France", se plaçant dans le sillage de l'ex-président Jacques Chirac et se démarquant de son prédécesseur socialiste François Mitterrand.

A l'occasion de la commémoration de la rafle, à l'emplacement même de l'ancien Vélodrome d'Hiver, où la plupart des 13.152 Juifs raflés furent parqués avant de disparaître dans les camps de la mort nazis, le président français a reconnu, 17 ans après Jacques Chirac, "la responsabilité" de la France dans "ce crime".

"Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiver la vérité sur ce qui s'est passé il y a 70 ans" et "la vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France", a martelé le chef de l'Etat.

"La vérité est dure, cruelle" mais "la vérité, c'est que la police française, sur la base des listes qu'elle avait elle-même établies, s'est chargée d'arrêter des milliers d'innocents", qu'ils ont été escortés "par la gendarmerie française jusqu'au camp d'internement", "la vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé", a-t-il insisté.

M. Hollande a tenu à rendre hommage à Jacques Chirac dont "le grand mérite (...) est d'avoir reconnu ici-même, le 16 juillet 1995, cette vérité".

L'ancien président avait été le premier à reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs, alors que le général de Gaulle, au pouvoir de 1958 à 1969 puis François Mitterrand (1981-1995) s'y étaient toujours refusé, estimant il n'y avait eu, durant l'occupation allemande, qu'une seule France légitime, celle de la France libre représentée par le général de Gaulle en exil.

Bien que l'un soit socialiste et ait eu pour mentor François Mitterrand, l'autre gaulliste, MM. Hollande et Chirac ont vis-à-vis de cette période de l'histoire de France la même approche.

Evoquant "la singularité de la Shoah", M. Hollande a assuré qu'il n'y aurait "pas un établissement scolaire où (elle) ne puisse être enseignée". Il n'y aura "pas de mémoire perdue", il faut "lutter sans relâche contre toute forme de falsification", a-t-il dit.

Il a affirmé que la République pourchasserait "avec la plus grande détermination" l'antisémitisme, qui n'est "pas une opinion mais une abjection". Il a rappelé l'assassinat, en mars, de trois enfants juifs, par le jihadiste Mohamed Merah dans le sud-ouest de la France: "il y a quatre mois, à Toulouse, des enfants mouraient pour la même raison que ceux du Vél d'Hiv: parce qu'ils étaient juifs".

"La sécurité des Juifs de France n'est pas l'affaire des Juifs, c'est celle de tous les Français, et j'entends qu'elle soit garantie en toutes circonstances et en tous lieux", a-t-il dit.

Présent à la cérémonie, Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), s'est félicité que M. Hollande se soit inscrit "dans la lignée" de M. Chirac et a jugé "très importantes" ses déclarations contre l'antisémitisme.

De son côté, Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et filles des déportés juifs de France, a rappelé que "si 11.000 enfants juifs avaient été déportés, 60.000 enfants furent sauvés par la population française, qui, dans son ensemble, mérite d'être qualifiée de juste".

Au total, 75.500 Juifs ont été déportés vers les camps de la mort nazis sur les 320.000 qui vivaient en France au début de l'Occupation. Environ 2.500 ont survécu.

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