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22/07/2012 07:41 EDT | Actualisé 21/09/2012 05:12 EDT

La prise du principal poste-frontière avec l'Irak, coup dur pour Damas

La prise par les rebelles syriens du principal poste-frontière entre la Syrie et l'Irak est un coup dur porté au régime de Bachar al-Assad, mais aussi à la circulation des marchandises, cruciale pour l'économie des deux pays.

Point de jonction avec la ville irakienne de Qaïm, le poste-frontière de Boukamal, conquis jeudi par l'Armée syrienne libre (ASL), composée de déserteurs et de civils armés, est le centre névralgique des échanges entre les deux pays qui partagent une frontière longue de 600 km.

"La prise de contrôle de Boukamal par les rebelles est un coup dur pour le régime syrien (...). Boukamal est bien plus vital pour la Syrie que pour l'Irak, notamment en raison des échanges qui s'y font", note Hamid Fadel, professeur de sciences politiques à l'Université de Bagdad.

"Cette situation va renforcer les rebelles et affaiblir le gouvernement syrien qui veut éviter à tout prix que des renforts --en hommes et en matériel-- puissent parvenir à l'opposition", assure-t-il.

Boukamal pourrait même "se transformer en plaque tournante de la contrebande d'armes", souligne l'analyste politique irakien Issan al-Chammari. "Les groupes armés irakiens souhaitent aider ceux qui leur ont prêté main forte par le passé".

En 2005, une offensive lancée par l'armée américaine contre Qaïm, une ville de 275.000 habitants, avait poussé les habitants de Boukamal à venir en aide à leurs voisins irakiens, leur fournissant nourriture, médicaments, hommes et armes.

Car les liens familiaux et tribaux des deux côtés de la frontière sont très solides dans cette région à forte majorité sunnite, favorable aux forces de l'opposition à M. Assad, qui fait lui partie de la minorité alaouite.

La fermeture du poste-frontière par les forces irakiennes depuis jeudi est donc durement ressentie côté irakien.

"Si l'armée irakienne ne nous l'empêchait pas, nous aurions donné tout ce que nous avons à nos frères de Boukamal. Nous sommes tristes de les voir assiégés (par l'armée syrienne). Ils n'ont pas assez à manger, pas assez de médicaments et nous ne sommes pas en mesure de les aider comme nous devrions le faire", regrette Abou Youssouf, 25 ans, fonctionnaire à Qaïm.

D'autant qu'avec l'intensification des combats entre l'ASL et l'armée syrienne, "les échanges commerciaux sont au point mort depuis un mois et demi. Avant, environ 40 camions entraient chaque jour en Irak depuis la Syrie. Chaque camion transportait 27 tonnes de légumes, de fruits, de vêtements, d'équipements électroménager", indique Farhan Farhan, maire de Qaïm.

L'Irak est l'un des premiers destinataires des produits syriens dans le monde arabe, représentant 15% du total des exportations syriennes, selon le Centre syrien de la statistique.

"Les habitants de Qaïm sont totalement dépendants des biens venus de Syrie. La marchandise est bien moins chère que tout ce qui vient de Bagdad", la capitale irakienne distante de 340 km, explique M. Farhan.

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