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21/07/2012 04:18 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

Installer des "greniers" au Sahel en captant la fraîcheur de la nuit

La nuit dans le désert la température baisse, produisant une fraîcheur naturelle idéale pour conserver et stocker fruits et légumes. A partir de ce constat très simple, un Français a développé une technologie de production de froid pour alimenter des "greniers" dans le Sahel.

"La nuit la température baisse par le phénomène du rayonnement vers l'espace, et la rosée au petit matin n'est finalement qu'une condensation de la température atmosphérique", explique à l'AFP Pascal Fayet, créateur d'ITerrae, société pionnière du refroidissement radiatif. "Restait à trouver un moyen de capter cette condensation", dit-il, racontant la genèse de son projet.

Après leur voyage de noces en 2006 dans la région des Niayes (nord-ouest du Sénégal), Yasmina, ancienne chanteuse, et Pascal, ex-officier supérieur de la marine marchande, décident d'aider les communautés villageoises à améliorer leurs conditions de vie.

"Le problème numéro 1 c'est la faible disponibilité des denrées alimentaires, à l'origine d'une grande mortalité infantile", souligne Pascal, qui s'est converti en chercheur. Des projets étaient en cours mais le maillon faible restait la production de froid.

Se plongeant dans les publications sur le "refroidissement radiatif sur la voûte céleste", appelé aussi "effet de serre inverse", il imagine un procédé permettant de capter la fraîcheur de la nuit dans une réserve thermique spéciale pour la restituer de jour dans un local où seraient entreposés des graines et produits frais.

Aidé gracieusement par deux laboratoires de spectrométrie du Centre national de recherche scientifique (CNRS), Pascal Fayet réussit à réaliser des plans pour son prototype de "Grenier du Sahel", au Burkina Faso.

Le hangar en pisé, une terre crue séchée au soleil, est construit en forme de voûte de trois mètres de haut avec un toit de 100 m2 sur lequel trois panneaux solaires fournissent l'énergie nécessaire à l'éclairage et la ventilation. Le réservoir thermique est, lui, intégré au bâti.

"La température à l'intérieur est stable autour de 20° alors que dehors il fait plus de 40°, et en jouant sur la vitesse de circulation de l'air, on peut descendre à 15°", assure-t-il.

A l'intérieur, les productions locales - oignons, aubergines, pommes de terre et carottes - sont entreposées sur des claies en eucalyptus recouvertes de paille.

En guise d'isolant, l'inventeur utilise la typha, une plante aquatique invasive. Mieux encore, il récupère les milliers de sacs plastiques poussés par le vent dans les arbres autour des villages. "Ces sacs comprimés fournissent un bon isolant à bulles d'air".

Ces "greniers" affichent une consommation d'énergie zéro ainsi qu'une absence d'émission de gaz à effet de serre et de rejet de chaleur, à la différence des systèmes traditionnels de réfrigération.

Lauréat en 2008 du concours du ministère français de la Recherche pour l'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes, Pascal Fayet a testé son invention à plus grande échelle au Niger. "Une structure de 900 m2 avec un faîtage de 12m et des murs en terre de 5m d'épaisseur", se souvient-il.

Mais la dégradation de la sécurité des étrangers au Niger contraint les Fayet à se replier au Sénégal.

Avec l'aide de la Fondation Albert II de Monaco, le projet peut finalement aboutir à un "grenier pilote" installé en avril dernier dans l'écovillage de Mbakombel, près de Mbour, à 80 km au sud de Dakar. L'objectif est de doter d'autres écovillages du Sénégal d'une telle structure, pour réduire les pertes après les récoltes.

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