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20/07/2012 12:38 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

Le Sénégal "réaffirme sa ferme volonté d'organiser le procès" Habré (officiel)

Le Sénégal "réaffirme sa ferme volonté d'organiser le procès" de l'ex-président tchadien Hissène Habré, dans un communiqué du gouvernement, vendredi, après l'arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) ordonnant à Dakar de juger "sans délai" ou d'extrader M. Habré.

"Le Sénégal prend acte de la décision rendue par la CIJ et réaffirme sa ferme volonté d'organiser le procès de Hissène Habré à Dakar" où il vit en exil depuis plus de 21 ans, indique ce communiqué transmis à l'AFP.

"En atteste la mise sur pied d'un groupe de travail et l'ouverture ce (vendredi) matin à Dakar de concertations avec les experts de l'Union africaine (UA) pour étudier les modalités pratiques de ce procès", ajoute le texte.

Les concertations entre l'UA et le Sénégal à Dakar visent à "mettre en place le plus vite possible un dispositif pour juger Hissène Habré", a déclaré à La Haye Cheikh Tidiane Thiam, agent du Sénégal auprès de la CIJ.

Cette juridiction, le plus haut organe judiciaires des Nations unies, a ordonné vendredi que le Sénégal poursuive "sans aucun autre délai" l'ancien président tchadien, accusé de génocide commis par son régime (1982-1990).

Le président sénégalais Macky Sall avait déclaré dimanche au sommet de l'UA à Addis Abeba avoir "la ferme volonté de faire tenir au Sénégal le procès de Hissène Habré, ancien président du Tchad, conformément au mandat que nous a confié l'Union africaine" en juillet 2006 à l'issue d'un sommet à Banjul.

"Une équipe d'experts travaille déjà en ce sens et nous sommes disposés à poursuivre la coopération avec l'Union africaine sur ce dossier, pour organiser un procès juste et équitable dans le respect des droits des parties civiles et des droits de la défense", avait-il ajouté.

M. Sall a succédé en mars à Abdoulaye Wade, au pouvoir pendant douze ans et qui s'était également engagé à juger Hissène Habré.

"Le Sénégal a tout fait pour le juger, en changeant notamment sa Constitution, mais il a épuisé toutes les procédures pour un jugement ou une extradition. Hissène Habré a gagné", a de son côté déclaré vendredi à l'AFP Me El Hadji Diouf, un des avocats de M. Habré.

"L'arrêt de la CIJ est sans objet" parce que la justice sénégalaise a déjà donné une "décision définitive" sur M. Habré, a-t-il ajouté.

Me Diouf a rappelé deux jugements rendus au Sénégal, dont celui de novembre 2005 par lequel la Cour d'appel de Dakar s'était déclarée "incompétente" pour juger l'ancien président tchadien.

Auparavant, en mars 2001, la Cour de cassation du Sénégal avait estimé dans un arrêt que la justice n'était pas compétente pour juger des crimes commis par un étranger hors du Sénégal.

"Ce sont des décisions" qui ont "l'autorité de la chose jugée et confirmées par la (Cour de justice de) la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cédéao)", a affirmé Me Diouf.

Cette Cour de la Cédéao avait estimé le 19 novembre 2010 que le Sénégal seul ne pouvait juger Habré, préconisant la création d'un tribunal spécial.

Hissène Habré a été renversé en 1990 par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno, après huit ans de règne.

Selon une commission d'enquête tchadienne, son régime a fait plus de 40.000 morts parmi les opposants politiques et parmi certains groupes ethniques.

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