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20/07/2012 06:23 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

CORRIGÉ: La noirceur de "Batman" rattrapée par la réalité

La trilogie "Batman", qui dépeint une société gangrenée par une violence aveugle, est désormais marquée à tout jamais par la terreur bien réelle provoquée par la fusillade dans un cinéma du Colorado, qui a fait 71 victimes dont 12 morts et des blessés graves.

Rien ne dit à ce stade que le tueur présumé, James Holmes, 24 ans, s'est inspiré du chaos et de la noirceur du dernier épisode de la trilogie, "The Dark Knight Rises", pour laquelle des centaines de spectateurs s'étaient pressés jeudi soir dans un cinéma d'Aurora, dans la banlieue de Denver.

Le tireur portait un masque, était vêtu et ganté de noir: la ressemblance avec le super-héros chauve-souris s'arrête là. Mais le film et la tragédie, qualifiée vendredi d'"épouvantable" par l'acteur Gary Oldman, qui incarne à l'écran le commissaire Gordon, sont désormais irrémédiablement liés.

L'avant-première parisienne du film vendredi soir, à laquelle les autres acteurs Christian Bale, Anne Hathaway, Marion Cotillard et Morgan Freeman devaient assister, a été annulée. A New York, la police a annoncé un renforcement de la sécurité aux abords des cinémas projetant "Batman", une mesure de "précaution contre des imitateurs" éventuels.

La franchise, produite par Warner Brothers, avait déjà été marquée par la disparition d'Heath Ledger, révélation du deuxième épisode en "Joker", le "méchant" du film, fou et cruel. Le rôle lui avait valu l'Oscar mais le jeune acteur avait été retrouvé mort chez lui à Manhattan quelques mois avant la sortie du film, à la suite d'une overdose de médicaments.

Le personnage lui-même de Batman, Bruce Wayne dans le civil, a été filmé dans toute sa noirceur par le metteur en scène Christopher Nolan, qui avait notamment réalisé "Inception".

Le milliardaire excentrique est devenu un héros masqué pour surmonter un traumatisme d'enfance et venger le meurtre de ses parents, commis devant ses yeux dans une ruelle de Gotham.

Le film de Nolan met en scène une société en crise, des policiers corrompus, un système judiciaire dépassé face au règne des gangs et des terroristes dans cette ville imaginaire, avatar des dysfonctionnements de la société moderne.

Le héros lui-même navigue entre le bien et le mal. Dans "The Dark Man Rises", le majordome de Bruce Wayne, Alfred, le met en garde contre Gotham, car "il n'y a pour (lui) que douleur et tragédie".

Et la version de Christopher Nolan du "grand-méchant" du film, Bane, un terroriste masqué, a suscité les foudres de certains commentateurs conservateurs à la radio à propos des motivations sous-jacentes d'Hollywood, présenté comme un temple "gauchiste".

Rush Limbaugh, le plus connu d'entre eux, n'a ainsi pas manqué de noter que Bane se prononce de la même façon que Bain Capital, le fonds d'investissements créé par Mitt Romney, le candidat républicain à la présidentielle de novembre.

"L'idée est que, lorsque les gens commenceront à suivre la campagne plus tard dans l'année, Obama et les démocrates continueront de parler de Bain, pas de Bain Capital, mais de Bain (tout court), et ces gens penseront au film Batman" et penseront au méchant terroriste masqué.

Une comparaison "ridicule", rétorque Chuck Dixon, auteur de bandes dessinées qui a créé le personnage de Bane en 1993.

Le débat sur le fait de savoir si des films tels que "Batman" favorisent ou sont le reflet d'une culture de la violence existe depuis des années mais n'est pas prêt de s'éteindre après la fusillade d'Aurora.

Comme le rap ou la musique métal, certains films font l'effet de bouc-émissaires après chaque tragédie de ce type.

En 1981, John Hinkcley Jr, auteur de la tentative d'assassinat contre le président Ronald Reagan, avait envoyé des lettres d'amour à Jodi Foster, l'enfant-star de "Taxi Driver", dans lequel Robert de Niro tente d'assassiner un sénateur après un entraînement intensif et l'achat d'armes.

En 1994, c'est le cinéaste Oliver Stone qui était accusé d'avoir inspiré des jeunes embarqués dans des tueries avec son film "Tueurs nés".

A l'inverse, la fusillade sanglante en 1999 de Columbine, à quelques 30 km d'Aurora, avait inspiré le cinéma, notamment le réalisateur Gus Van Sant qui en avait fait une fiction intimiste dans "Elephant", Palme d'or du festival de Cannes en 2003. Le film suivait de près deux adolescents dans leurs pérégrinations lycéennes avant qu'ils ne deviennent des tueurs fous.

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