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18/07/2012 11:16 EDT | Actualisé 17/09/2012 05:12 EDT

"Allah akbar!": liesse chez les rebelles syriens et défections militaires

Tirs de kalachnikov, cris, rires jusqu'à l'hystérie: le Jabal Chahchabou, bastion rebelle du centre de la Syrie, a explosé de joie mercredi en apprenant la mort de plusieurs hauts responsables du régime de Bachar al-Assad dans un attentat suicide à Damas.

"Allah akbar!", s'égosille un combattant qui affirme s'appeler Abou Hassan, lorsqu'il voit sur la chaîne de télévision Al-Arabiya l'annonce des morts, dont celle du ministre de la Défense.

Ce trentenaire, arborant une large moustache, gigote de plaisir même s'il ne peut pas marcher car sa jambe a été criblée de balles il y a quelque mois.

Dans cette zone escarpée, aux villages sunnites accrochés au flanc de la montagne, retentissent des cris et de très brefs tirs de joie vers le ciel.

Les coups de feu s'arrêtent vite, les munitions sont rares. Et de régulières explosions, plus ou moins proches, rappellent que les forces gouvernementales ne cessent de bombarder le Jabal Chahchabou depuis deux semaines, par intermittence au début, et de plus en plus fréquemment ces derniers jours.

A l'aube encore, Haouach, un village situé dans la plaine agricole au pied des montagnes, a été la cible de roquettes tirées par des hélicoptères, faisant un mort.

Grand gaillard musclé en abaya (tunique traditionnelle) grise brodée, Abou Slimane, un caporal des commandos syriens, qui a déserté fin 2011 parce qu'il "n'en pouvait plus de tirer sur des civils" lors de manifestations anti-régime, arbore un large sourire: "C'est merveilleux! On attendait des aides de l'étranger, des armes, pour libérer le pays, mais finalement on va y arriver".

Depuis dimanche, les combats font rage à Damas entre rebelles et armée régulière. Et les tribus sunnites de la région, historiquement réfractaires à l'autorité centrale et aujourd'hui encerclées par les chars et l'artillerie des forces gouvernementales, voient déjà Bachar Al-Assad dans la tombe.

Vers 15H00, nouveaux cris de joie: sur la radio des rebelles, le commandant d'un groupe de combattants annonce que les soldats d'un point de contrôle militaire ont déserté près de Khan Cheikhoune, une ville de 50.000 habitants à une vingtaine de kilomètres de là où se déroulent de durs combats depuis des mois.

"Il y a au moins cinq chars, cinquante soldats, des mitrailleuses lourdes, des roquettes antichars, des fusils, des fusils à lunette, des kalachnikovs, des munitions", s'extasie Abou Hachem, 28 ans, sa radio grésillant de cris de joie à la main.

"Inch'Allah, le régime va craquer. Il va nous bombarder avec tout ce qu'il a, c'est sûr, tuer encore plus qu'avant, mais on y arrivera", ajoute ce jeune combattant à la longue barbe noire.

Les rebelles ne disposent en général que d'armes légères et peu de munitions pour affronter les chars et hélicoptères des forces gouvernementales. Lors d'un voyage d'une semaine à travers la Syrie, l'AFP a aperçu seulement deux pick-up surmontés de mitrailleuses lourdes aux mains des rebelles.

15H45, la radio couine, les combattants rassemblés dans une maison à l'abri du soleil écrasant se figent: "Allah akbar, Allah akbar!", grésille un correspondant. Et d'annoncer qu'un second point de contrôle, toujours près de Khan Cheikhoune, s'est rendu aux rebelles. "Dix chars! Il y a dix chars!", s'exclame Abou Amar, un commandant du Jabal revendiquant 1.200 hommes sous ses ordres.

Lorsque la liesse retombe, les hommes s'alignent, baissent la tête, croisent les mains puis s'agenouillent: c'est la prière, pour remercier Dieu. Qui les a peut-être bien entendus mercredi.

mba/sk/feb