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17/07/2012 02:19 EDT | Actualisé 16/09/2012 05:12 EDT

RDC/Procès Chebeya: la partie civile veut l'audition d'un journaliste belge

Les parties civiles au procès en appel des huit policiers jugés à Kinshasa pour l'assassinat en 2010 du militant Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, ont demandé mardi l'audition du journaliste belge Thierry Michel, qui a recueilli le témoignage d'un accusé en fuite.

Dans une requête déposée mardi au deuxième jour du procès devant la Haute cour militaire, les avocats des familles de M. Chebeya et Bazana ont demandé à la cour "l'audition" de M. Michel "en vue d'obtenir la cassette" du témoignage du major Milambwe, condamné à mort par contumace en première instance en 2011.

Les déclarations du major "apportent des éléments nouveaux qui exigent une information complémentaire", estiment les avocats.

Selon les déclarations du policier, dont la cassette a été présentée par Thierry Michel le 10 juillet à Bruxelles, le corps de M. Bazana, qui n'a jamais été retrouvé, se trouverait enterré à Kinshasa dans le jardin d'une ferme du chef de la police, le général John Numbi.

Le major Milambwe affirme également que M. Bazana a été tué avant le militant des droits de l'Homme Floribert Chebeya, lequel a été étouffé "avec des sacs plastiques et du scotch", "sur ordre" du général Numbi, alors que les deux activistes se trouvaient dans les locaux de l'Inspection générale de la police à Kinshasa.

Les avocat des parties civiles ont aussi demandé à la Haute cour "d'ordonner la sécurisation" du site où le corps de M. Bazana serait enterré.

Floribert Chebeya, 47 ans, directeur de l'ONG La Voix des Sans-Voix (VSV), a été retrouvé mort le 1er juin 2010 dans sa voiture en périphérie de Kinshasa, les poignets portant des traces de menottes, après s'être rendu la veille à un rendez-vous à l'inspection général de la police, en compagnie de M. Bazana.

En 2011, la cour militaire a condamné à mort le principal suspect, le colonel Daniel Mukalay, numéro 2 des services spéciaux de la police, ainsi que le major Milambwe et deux autres policiers jugés par contumace car en fuite. Un autre policier a été condamné à la prison à perpétuité et trois acquittés. Tous sont rejugés en appel depuis le 19 juin.

Les parties civiles estiment que le "suspect numéro un" est le général Numbi, suspendu de ses fonctions depuis l'affaire.

Elles avaient demandé le 19 juin à la Haute cour de juger le chef de la police, qui avait témoigné au procès en première instance, affirmant n'avoir "jamais" donné rendez-vous à M. Chebeya.

Mardi, à la prison de Makala où se tiennent les audiences, le colonel Likula Bakumi, représentant le ministère public, a demandé aux juges de "rejeter purement et simplement" la requête des avocats au sujet de la comparution du chef de la police.

"Vous n'avez apporté aucun élément de preuve de l'implication de John Numbi. Son nom n'apparaît sur aucune décision de renvoi. Amenez les preuves et nous allons débattre en public !", a-t-il répondu aux avocats.

La prochaine audience a été fixée au 24 juillet.

Le 9 juillet, les autorités congolaises avaient refoulé Thierry Michel à l'aéroport de Kinshasa où le réalisateur se rendait pour la projection de son film "L'affaire Chebeya, un crime d'Etat ?", qui relate le procès en première instance. Les services de migration ont évoqué un "défaut de visa sortie-retour", le cinéaste a dénoncé une "décision politique".

epe/sba