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17/07/2012 12:37 EDT | Actualisé 16/09/2012 05:12 EDT

L'Unesco remet un prix contesté financé par la Guinée équatoriale

L'Unesco a remis mardi à Paris à trois scientifiques un prix contesté depuis des années pour son financement par la Guinée équatoriale, dont le régime est dénoncé pour sa corruption et les violations des droits de l'homme, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les lauréats sont l'Egyptien Maged Al-Sherbiny, spécialiste des maladies endémiques, le Sud-Africain Felix Dapare Dakora, qui travaille sur la conversion moléculaire entre les légumes et le sol et la Mexicaine Rossana Arroyo, spécialiste des maladies parasitaires. Ils ont reçu chacun 100.000 dollars.

Le président de Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema a ainsi gagné un bras de fer de plusieurs années avec les ONG et les pays occidentaux, en obtenant de pouvoir financer un prix "pour la recherche en sciences de la vie" de l'agence de l'ONU pour l'éducation, la science et la culture.

Ce prix d'une valeur de trois millions de dollars (sur 5 ans) avait été créé en 2008. Mais face aux polémiques et faute de consensus, sa remise était suspendue depuis 2010. M. Obiang Nguema a accepté que le prix ne porte plus son nom, comme prévu à l'origine, mais seulement celui de son pays.

Opposée à ce prix, la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova était tenue d'en organiser la remise après un vote en mars de son Conseil exécutif soutenu par les pays africains et arabes, mais aussi le Brésil et la Russie.

"Ce prix ne reflète absolument pas les valeurs universelles dont l'Unesco doit assurer la promotion", a déploré mardi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.

Comme d'autres pays occidentaux, la France a boycotté la cérémonie de remise du prix.

De nombreuses ONG ainsi que le prix Nobel de la paix sud-africain, Desmond Tutu, s'étaient insurgés contre le passif en matière de corruption et de droits de l'homme du chef de l'Etat équato-guinéen.

Considéré comme un des chefs d'Etat les plus riches du monde, Teodoro Obiang dirige d'une main de fer depuis 1979 la Guinée équatoriale, troisième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne mais dont l'essentiel de la population (moins d'un million d'habitants) vit dans la pauvreté.

"Il est honteux et totalement irresponsable pour l'Unesco de remettre ce prix, eu égard aux multiples questions morales et juridiques qui l'entourent", avaient critiqué lundi dans une lettre commune plusieurs ONG, parmi lesquelles Human Rights Watch, Sherpa ou EG Justice.

Lors de la cérémonie au siège de l'Unesco, la directrice générale s'est faite représenter par son adjoint, Getachew Engida. Teodoro Obiang était lui aussi absent, représenté par un de ses vice-présidents, Ignacio Milam Tung.

Cette remise de prix intervient alors que le fils du président équato-guinéen, Teodorin Nguema Obiang, est visé par une enquête sur le patrimoine constitué en France par plusieurs chefs d'Etat africains, l'affaire dite des "bien mal acquis".

Un mandat d'arrêt international a été lancé jeudi contre Teodorin Obiang par la justice française.

En février, une perquisition avait été effectuée par la police pendant dix jours dans un somptueux hôtel particulier parisien dans lequel ont été saisis 200 m3 de biens de valeur. Auparavant propriété de la famille Obiang, cet immeuble appartient depuis octobre 2011 à l'Etat équato-guinéen.

Lors d'une première perquisition, en septembre 2011, la justice avait saisi onze voitures de luxe (Bentley, Rolls-Royce, Maserati, etc) appartenant à Teodorin Obiang.

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