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16/07/2012 03:59 EDT | Actualisé 14/09/2012 05:12 EDT

Le président tunisien en France pour tourner la page des tensions

Le président tunisien Moncef Marzouki se rend mardi en France pour une visite destinée à tourner la page de tensions entre les deux pays, Paris ayant soutenu sans ambages le régime déchu de Ben Ali avant et pendant la révolution de 2011.

Signe que la France tient à réparer les liens, le chef de l'Etat tunisien sera le premier haut responsable étranger à s'exprimer devant l'Assemblée nationale (chambre basse du Parlement) depuis le discours du président de la Commission européenne José Manuel Barroso en janvier 2006.

Si Moncef Marzouki a souligné, dans un entretien avec l'AFP, vouloir, avec le nouveau président français François Hollande, construire une relation de confiance, il n'a pas oublié que la France était une amie de Ben Ali, renversé par la révolution de janvier 2011.

"Les Tunisiens ont quand même peu apprécié l'attitude d'anciens gouvernements français qui avaient tout de même apporté un certain soutien à la dictature", a noté M. Marzouki.

En effet, les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy ont entretenu des relations privilégiées avec le régime déchu. Une kyrielle de responsables français ont ainsi bénéficié des largesses de la Tunisie à cette époque.

Ainsi, alors que les manifestations battaient leur plein en janvier 2011, la ministre des Affaires étrangères de l'époque, Michèle Alliot-Marie avait créé la polémique en proposant une coopération sécuritaire avec Tunis.

Le scandale s'était aggravé lorsqu'il était ressorti qu'elle avait passé des vacances tout juste avant en Tunisie et que ses parents avaient acquis des parts dans une société immobilière à cette occasion.

"Vous vous souvenez des dérapages verbaux de certains ministres français quand il y a eu cette révolution. Ca a laissé des traces en Tunisie. Ce sont ces traces que je voudrais effacer", a dit M. Marzouki.

L'ambassadeur de France Boris Boillon, un proche de M. Sarkozy nommé en février 2011, avait lui aussi suscité l'ire des Tunisiens, en lançant à une journaliste, devant les caméras de télévision: "N'essayez pas de me faire tomber sur des trucs débiles!".

"Ces problèmes, on va les résoudre très rapidement parce que de part et d'autre de la Méditerranée nous avons maintenant les mêmes idéaux, les mêmes principes, les gens qui sont actuellement au gouvernement nous comprennent un peu mieux", a jugé M. Marzouki.

D'ailleurs, Tunis a finalement nommé le 5 juillet son nouvel ambassadeur en France, un poste vacant depuis mars 2011.

Lors de sa première visite officielle en France, M. Marzouki rencontrera M. Hollande, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et le maire de Paris, Bertrand Delanoë, né en Tunisie à l'époque du protectorat français.

La France est le premier partenaire économique de Tunis et quelque 600.000 Tunisiens vivent sur le territoire français.

Plus de 1.200 entreprises françaises sont installées en Tunisie, et, selon le ministère français de l'Economie, les échanges commerciaux ont atteint en 2011, année de la révolution et d'une récession, 7,6 milliards d'euros contre 6,9 milliards un an plus tôt.

M. Marzouki, opposant historique au régime déchu, a passé le tiers de sa vie en France, y ayant notamment effectué ses études de médecine et passé ses années d'exil.

Selon des analystes, M. Marzouki, dirigeant du parti de centre-gauche Congrès pour la république (CPR), est très affaibli sur un plan politique dans son pays, le gouvernement étant dominé par les islamistes d'Ennahda avec lesquels il s'est allié.

La visite de M. Marzouki fait suite à celle du Premier ministre tunisien, l'islamiste Hamadi Jebali, à Paris fin juin.

alf/sbh