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22/06/2012 04:03 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT

Les manifestations contre le coût de la vie prennent de l'ampleur au Soudan

La fumée noire des pneus brûlés et l'odeur âcre des gaz lacrymogènes flottaient vendredi soir à Khartoum, où la police a encore fait usage de la force pour disperser des manifestations qui se multiplient contre la hausse des prix alimentaires.

De nombreux rassemblements ont eu lieu à travers la capitale, et même au-delà, au septième jour d'une mobilisation lancée le 16 juin par les étudiants de l'Université de Khartoum.

"Non à la hausse des prix de l'alimentation", ont souvent scandé les manifestants, même si dans un quartier sud de la ville, le slogan est devenu "Le peuple veut renverser le régime", selon un journaliste de l'AFP.

A Al Deim, un autre quartier, un épais nuage de fumée noire s'élevait de tas de pneus en feu juste avant le coucher du soleil, et de petits groupes de manifestants lançaient des pierres à des centaines de policiers qui répliquaient avec des gaz lacrymogènes, selon le journaliste.

Les manifestations ont même atteint brièvement le quartier huppé de Khartoum Two, où vivent de riches Soudanais et sont installées des ambassades étrangères.

A Omdurman, la ville jumelle de Khartoum sur l'autre rive du Nil, 200 manifestants ont frappé des mains en criant "Liberté". Certains ont ensuite brûlé des pneus et lancé des pierres aux policiers, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes, ainsi que des coups de fouet et de matraque, selon le journaliste de l'AFP.

"Ce ne sont pas seulement les étudiants" qui descendent dans la rue, a assuré à l'AFP Latif Joseph Sabag, membre du bureau politique du Parti Umma, formation de l'opposition. "Ces manifestations étaient attendues (...), la situation économique du Soudan est vraiment mauvaise".

"Personne ne peut dire" l'ampleur que le mouvement peut prendre, mais le Parti Umma essaie de discuter avec le Parti du congrès national (PCN, au pouvoir) du président Omar el-Béchir pour "essayer de résoudre les problèmes et d'améliorer la situation d'une manière pacifique".

La police a aussi eu recours à la force à Sennar, dans le sud du pays, pour disperser une manifestation de 300 personnes, selon des témoins. Et des habitants ont fait état de rassemblements à El Obeid, à 400 km au sud-ouest de Khartoum, et à Wad Medani, à 200 km au sud-est de la capitale.

Les manifestants protestent essentiellement contre l'inflation, qui a atteint 30% en mai selon des chiffres officiels, et risque de grimper encore avec le plan d'austérité annoncé mercredi par le gouvernement, en particulier la suppression de subventions aux carburants.

Le Soudan, déjà quasiment en faillite, a perdu des milliards de dollars de recettes pétrolières après la sécession en juillet 2011 du Soudan du Sud, qui dispose des trois-quarts des réserves de brut.

Dès le premier rassemblement du 16 juin, les autorités ont réagi en envoyant la police anti-émeute disperser les manifestants.

Dans un communiqué vendredi soir, l'organisation Amnesty International (AI) a dénoncé cette répression des manifestations et le harcèlement des journalistes qui les couvrent.

De nombreux militants de partis politiques et de mouvements de jeunes ont été arrêtés ces derniers jours. La plupart ont été rapidement libérés, mais quelques-uns auraient été inculpés, et l'on ignore le sort de certains, selon Amnesty.

"Le gouvernement montre une tolérance zéro pour les manifestations", a dénoncé Amnesty, en évoquant aussi les arrestations de journalistes étrangers, libérés après plusieurs heures de détention, comme Simon Martelli, qui travaille pour l'AFP, ou Salma al Wardany, journaliste pour Bloomberg.

Les mouvements étudiants ont souvent joué un rôle dans l'histoire du Soudan. En 1964, c'est une manifestation d'étudiants qui a provoqué la révolte contre la dictature militaire. Mais le régime de M. Béchir, arrivé au pouvoir en 1989, a déjà surmonté un mouvement similaire en 1994.

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