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22/06/2012 09:23 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT

La Syrie en proie à des taux d'inflation vertigineux

Quinze mois de violences meurtrières et une série de sanctions internationales ont poussé l'inflation en Syrie à des niveaux sans précédent sans que le gouvernement réussisse à la maîtriser.

Selon les économistes, l'inflation galopante est d'abord due à la dépréciation de 50% de la livre syrienne par rapport au dollar, qui a porté un coup très dur au pouvoir d'achat des Syriens.

A cela s'ajoute une hausse des tarifs douaniers de 40 à 80%, entraînant une baisse de la production et des investissements, la majorité des matières premières étant importée. La hausse des tarifs douaniers a porté sur 39 produits, dont des denrées alimentaires.

En outre, "l'insécurité dans plusieurs régions a perturbé les réseaux de distribution et de production", explique Jihad Yazigi, directeur du bulletin économique The Syria Report.

Selon le bureau central des statistiques, l'inflation a grimpé de 31,4% en avril dernier par rapport à avril 2011.

Et d'après un rapport de la Banque centrale sur l'inflation, celle-ci a atteint 22,5% pour les trois premiers mois de 2012 contre 4,6% pour la même période l'année dernière.

La crise a favorisé l'apparition du marché noir, des commerçants vendant des denrées de base en gonflant leurs prix.

"De nombreuses usines ont cessé leur production", indique Tayssir al-Raddaoui, professeur en économie.

Dans ce contexte, la Banque centrale a annoncé avoir mis en circulation ces deux derniers jours à Damas et Alep, capitale économique du pays, de nouveaux billets de livres syriennes, affirmant qu'ils avaient été imprimés en Russie, principal soutien du régime du président Bachar al-Assad.

En septembre 2011, l'Union européenne avait renforcé les sanctions contre Damas, en interdisant notamment de frapper et imprimer pièces et billets de banque pour le compte de la Banque centrale syrienne. L'Autriche et l'Allemagne étaient jusqu'à présent les principaux pays à imprimer la monnaie syrienne.

La Banque de Syrie a nié par la suite des informations de presse liant l'impression des nouveaux billets de banque au financement du déficit public, qui se creuse de plus en plus. "Ces billets visent à remplacer ceux usés et n'auront aucun impact sur l'inflation", a tenté de rassurer Adib Mayaleh, gouverneur de la Banque centrale.

Mais, prévient Tayssir al-Raddaoui, "si la masse monétaire augmente de plus de 4% en un an, l'inflation pourrait s'aggraver".

"Il est impossible de trouver une solution à l'inflation avec la poursuite des violences", estime de son côté Nabil al-Sammane, analyste économique.

Selon lui, le gouvernement "a échoué à gérer la crise économique", après l'éclatement de la révolte.

L'analyste économique Firas Haddad estime de son côté que le gouvernement a eu tort de laisser le marché de change entre les mains du marché parallèle.

L'économie syrienne devrait connaître une contraction "significative" en 2012, avait indiqué début mai à l'AFP le directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Masoud Ahmed, sans être en mesure d'avancer un chiffre en raison de l'absence de données.

Les sanctions occidentales, censées mettre la pression sur le régime de M. Assad, ont aggravé la tendance inflationniste et celles visant l'exportation de pétrole syrien ont provoqué une "chute dramatique" des rentrées en devises, selon M. Yaziji.

L'Europe importait 90% du pétrole brut syrien et les sanctions ont fait perdre quatre milliards de dollars au secteur, selon les économistes.

Le 15 mai, le quinzième train de sanctions contre la Syrie adopté par les ministres européens des Affaires étrangères avait ciblé les importations de tabac et les exportations de pétrole syrien en gelant les avoirs de deux sociétés.

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