NOUVELLES
21/06/2012 01:53 EDT | Actualisé 21/08/2012 05:12 EDT

Omar Khadr: ses avocats demandent une fois de plus son rapatriement au Canada

OTTAWA - Les États-Unis se montrent de plus en plus impatients dans le dossier du transfert d'Omar Khadr, ce jeune Torontois reconnu coupable de crime de guerre, alors qu'Ottawa se traîne les pieds, a soutenu jeudi son avocat militaire américain.

En conférence de presse à Ottawa, le lieutenant-colonel Jon Jackson, principal avocat militaire d'Omar Khadr, a évoqué la frustration des autorités américaines avec qui il s'est entretenu sur les motifs expliquant qu'Ottawa n'ait toujours pas déposé officiellement une requête pour rapatrier au Canada le jeune homme, toujours détenu à la prison de Guantanamo.

Le lieutenant-colonel Jackson est l'un des quatre avocats représentant Khadr — dont deux sont des civils —, à avoir lancé un vibrant plaidoyer jeudi pour que le transfert de leur client dans une prison canadienne ait lieu au plus tôt.

Khadr est le dernier ressortissant d'un pays occidental à être encore détenu dans la prison américaine de Guantanamo, sur l'île de Cuba.

Les appels répétés des avocats ont toutefois été vains jusqu'à présent, Ottawa continuant à faire la sourde oreille et à remettre à plus tard la demande officielle du rapatriement du jeune homme.

Khadr ne constitue aucune menace pour la population canadienne, plaident ses avocats. Il n'a pas été détruit par sa décennie d'incarcération et ne s'est pas laissé envahir par le fondamentalisme islamique, estiment-ils.

Le jeune homme, né à Toronto, a plutôt passé son temps derrière les barreaux à étudier, dans l'espoir qu'un jour il pourrait remettre le compteur à zéro et de devenir un citoyen pacifique et utile à la société, a souligné jeudi le lieutenant-colonel Jackson.

Il a appris les paroles de l'hymne national canadien, étudié les mathématiques et le droit constitutionnel, lu la pièce de Shakespeare «Roméo et Juliette», et a même tiré une leçon d'espoir du roman post-apocalypse «La Route», de Cormac McCarthy, a poursuivi le militaire.

L'équipe juridique de Khadr a rompu son silence habituel, parlant candidement du jeune homme dans l'espoir d'inciter le Canada à respecter l'entente qui le ramènerait au pays.

«Il y a beaucoup de frustration du côté américain dans ce dossier. Le message des États-Unis, c'est d'approuver une fois pour toutes ce transfert pour qu'on puisse procéder», a mentionné l'avocat de Khadr.

Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a signé l'entente de transfert de Khadr en avril dernier, a aussi rappelé M. Jackson.

Les rencontres logistiques entre les deux pays sur l'éventuel transfert de Khadr ont été suspendues, et de haut responsables américains ont questionné en coulisses l'inaction du gouvernement Harper, selon le lieutenant-colonel Jackson.

Khadr, maintenant âgé de 25 ans, est admissible depuis octobre dernier à un retour au pays pour purger le reste de sa peine.

Le jeune Torontois avait plaidé coupable, en octobre 2010, à des accusations de crime de guerre, perpétrés en 2002 en Afghanistan alors qu'il avait 15 ans. Il a notamment été accusé d'avoir commis un meurtre en violation des règles d'un conflit.

Khadr a été condamné à huit ans d'emprisonnement — dont une année purgée à Guantanamo — par un tribunal militaire spécial qui a été fortement critiqué dans le monde pour ses procédés.

Il ne serait pas un homme libre une fois en territoire canadien, a souligné le principal avocat canadien de Khadr, John Norris, qui songe à intenter une poursuite pour forcer Ottawa à respecter ses engagements. «Le comportement du gouvernement canadien est inadmissible», a-t-il lancé jeudi.

Il a aussi mentionné que l'ancien ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon avait confirmé en Chambre que le Canada honorerait son entente avec les États-Unis dans le dossier Khadr.

Le sénateur libéral et fervent défenseur des enfants soldats Roméo Dallaire a joint sa voix à celles des avocats de Khadr, jeudi à Ottawa. «Je vais le demander encore une fois au gouvernement: pourquoi un tel embouteillage?», a-t-il laissé tomber.