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21/06/2012 05:21 EDT | Actualisé 21/08/2012 05:12 EDT

Nigeria: Kaduna dans l'engrenage infernal des violences confessionnelles

Les forces de sécurité cherchaient jeudi à rétablir le calme dans le nord du Nigeria secoué par des affrontements qui ont fait 106 morts depuis samedi, après des attentats contre des églises revendiqués par l'organisation islamiste Boko Haram suivis de représailles entre chrétiens et musulmans.

Dans le même temps, les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir placé sur leur liste noire anti-terroriste trois dirigeants du groupe Boko Haram, l'organisation elle-même n'ayant pas fait en tant que telle son apparition sur la liste américaine.

"Les violents affrontements, les tueries et les saccages continuent" dans les quartiers Haoussa et Foulani (Peul) de Kaduna, rapportait jeudi The Vanguard, l'un des principaux quotidiens du pays.

Des habitants et la police locale ont fait état d'affrontements dans plusieurs quartiers, mettant au prise groupes de jeunes musulmans et membres de la minorité chrétienne.

Des SMS seraient à l'origine de ces nouvelles violences: "les affrontements ont débuté après des rumeurs infondées relayées par SMS sur de possibles attaques et contre-attaques dans la ville, ce qui a provoqué beaucoup d'émotion", a expliqué le porte-parole de la police à Kaduna, Aminu Lawan.

Boko Haram a entre autres revendiqué lundi les attentats qui avaient visé la veille trois églises du nord du Nigeria et provoqué des représailles de chrétiens dans une nouvelle vague de violences dont le bilan s'est alourdi à plus de 50 morts et 150 blessés.

Entre dimanche et mardi, un cycle d'attaques et de représailles entre chrétiens et musulmans a fait une centaine de morts et nécessité l'instauration d'un couvre-feu à Kaduna et Damaturu, capitale de l'Etat de Yobe plus au nord-est du pays.

Jeudi, le couvre-feu a été allégé à Damaturu, où les habitants sont désormais autorisés à sortir dans les rues de 10H00 à 16H00.

Dimanche, des attentats avaient visé trois églises à Kaduna et Zaria - les deux principales villes de l'Etat de Kaduna - et provoqué des représailles immédiates de jeunes chrétiens, avec un bilan officiel de 52 morts et 150 blessés.

Boko Haram a revendiqué ces attaques. Depuis 2009, Boko Haram multiplie ainsi, essentiellement dans le nord, les attentats et coups de mains contre les membres des forces de sécurité, les responsables gouvernementaux et les lieux de culte chrétiens.

Beaucoup, comme le ministre italien de la Coopération internationale et fondateur de l'influente Communauté Sant'Egidio, proche du Vatican, Andrea Riccardi, y voit une "stratégie perverse" pour "provoquer une guerre civile".

Pays le plus peuplé d'Afrique avec quelque 160 millions d'habitants, le Nigeria est divisé entre un nord majoritairement musulman et un sud à dominante chrétienne plus riche grâce au pétrole.

Des responsables chrétiens ont de nouveau averti que l'impuissance du gouvernement à neutraliser Boko Haram et à mettre fin à ces attaques confessionnelles pourraient conduire de plus en plus de Nigérians à assurer leur défense.

"La situation devient à présent dangereuse parce qu'elle est hors de contrôle", a mis en garde monseigneur Matthew Kukah, évêque catholique.

"Le gouvernement ne fait pas tout pour protéger" les chrétiens, accuse Abubakar Tsav, l'ex-chef de la police de la capitale économique Lagos. "C'est pourquoi ils ont commencé les attaques en représailles".

Le puissant syndicat des travailleurs du pétrole, PENGASSAN, a même évoqué le possible éclatement du pays, sur le modèle de la défunte Yougoslavie de Tito.

"Depuis le début de ces actes terroristes, le président Goodluck Jonathan n'a rien fait qui puisse nous rassurer (...)", a dénoncé pour sa part l'Association chrétienne du Nigeria, principale organisation chrétienne du pays, fustigeant la "faiblesse" présidentielle alors que Boko Haram a "déclaré la guerre aux chrétiens".

De nombreux observateurs mettent cependant en garde contre une lecture réductrice et uniquement religieuse des violences en cours. Ils rappellent la pauvreté qui règne dans le nord, ainsi que la corruption généralisée à tous les échelons de la société, terreau fertile pour l'insurrection.

Trois hommes ont été inscrits sur la liste noire américaine, Abubakar Mohammed Shekau, présenté par le département d'Etat comme le dirigeant "le plus visible" du groupe et habituellement considéré comme son numéro un, Khalid al-Barnawi et Abubakar Adam Kambar. Selon les Etats-Unis, ces deux derniers hommes sont des proches d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), organisation inscrite sur la liste noire américaine.

"Au cours des 18 derniers mois, Boko Haram ou des militants qui lui sont liés ont tué plus d'un millier de personnes", assure le département d'Etat. "Sous la direction de Shekau, Boko Haram a revendiqué de nombreuses attaques dans le nord du Nigeria, sa zone d'opération originelle", ajoute-t-il.

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