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21/06/2012 06:22 EDT | Actualisé 21/08/2012 05:12 EDT

Irak: la justice accusée d'être politisée dans le procès du vice-président

Le procès du vice-président Tarek Hachémi suscite la controverse en Irak, où les partisans du responsable sunnite en fuite dénoncent une procédure motivée politiquement alors que ses adversaires défendent le système judiciaire.

M. Hachémi, membre du bloc Iraqiya, laïque et dominé par les sunnites, a fui vers la région autonome du Kurdistan, dans le nord du pays, après avoir été accusé en décembre de diriger une brigade de tueurs. Il se trouverait actuellement en Turquie, un pays qui refuse de l'extrader vers l'Irak.

Lui et plusieurs membres de sa garde rapprochée, sur lesquels pèsent en tout 150 chefs d'inculpation, dénoncent depuis des mois une procédure aux fins purement politiques, s'inscrivant dans le conflit qui oppose sa famille politique au Premier ministre, le chiite Nouri al-Maliki, qu'il accuse d'autoritarisme.

"Tout indique que la justice n'est pas parvenue à prouver grand chose (dans ce procès) (...) et les interventions politiques auprès d'elle apparaissent clairement", a déclaré à l'AFP Hamid al-Moutlaq, un député de premier plan du bloc Iraqiya.

"Nous avons besoin d'une séparation des pouvoirs, de définir les responsabilités de chacun et de mettre un terme aux interventions politiques dans le travail de la justice", a-t-il ajouté.

Plus tôt cette année, un juge avait tenté de faire lever l'immunité parlementaire d'un député d'Iraqiya, Haidar al-Mullah, après que ce dernier eut accusé le juge d'être sous l'influence de M. Maliki.

M. Mullah avait alors dénoncé une intervention du pouvoir exécutif dans le travail de la justice.

Cependant, les autorités judiciaires ont également leurs défenseurs, notamment parmi les alliés du Premier ministre.

"Le système judiciaire est très neutre et les procédures sont correctes, du point de vue légal et constitutionnel", affirme Alia Nsayef, députée d'un groupe qui s'est séparé d'Iraqiya pour s'allier aux partisans de M. Maliki.

"Beaucoup de députés ont été informés de la teneur des enquêtes et ont constaté, au regard des aveux et des preuves (...), que les crimes étaient bel et bien réels", assure-t-elle.

Le porte-parole du ministère de la Justice, Abdelsattar Bayraqdar, a également défendu le système judiciaire. "Les accusations dont nous sommes l'objet dans le cadre du procès de M. Hachémi sont liées à des conflits d'intérêts entre des hommes politiques", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Comme partout dans le monde, la justice est accusée d'être sous l'influence des politiques par les accusés" ou ceux qui rejettent ses décisions, a-t-il poursuivi.

Le procès de M. Hachémi s'est ouvert en mai alors que l'Irak était secoué depuis des mois déjà par une grave crise politique, qui a éclaté au grand jour en décembre au moment du retrait des troupes américaines d'Irak.

Le bloc Iraqiya avait alors annoncé un boycott du gouvernement et du Parlement pour protester contre la monopolisation du pouvoir par M. Maliki.

Celui-ci avait de son côté tenté d'évincer le vice-Premier ministre Saleh Moutlak, membre d'Iraqiya, qui l'avait accusé d'être "pire que Saddam Hussein".

Le même mois, un mandat d'arrêt avait été délivré contre M. Hachémi, provoquant sa fuite au Kurdistan.

Il ne s'agit pas de la première affaire dans laquelle la justice est accusée d'être politisée ces dernières années.

Les tribunaux irakiens avaient notamment été accusés d'être sous l'influence des Américains lors des procès de responsables du régime de Saddam Hussein, et de celui du président déchu lui-même, condamné à mort et exécuté en 2006.

"La justice était réellement sous l'influence américaine lors du procès de Saddam, et aujourd'hui on est passé de cette influence à celle des blocs politiques et de leurs luttes", estime le député kurde indépendant Mahmoud Othmane.

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