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21/06/2012 04:06 EDT | Actualisé 20/08/2012 05:12 EDT

Adrian Nastase, un ex-Premier ministre roumain mis à genoux par la justice

L'ex-Premier ministre roumain Adrian Nastase, qui a tenté de se suicider mercredi après avoir été condamné à de la prison ferme pour corruption, est aujourd'hui un homme politique brisé par la justice qu'il avait tenté de contrôler lorsqu'il était au pouvoir.

M. Nastase, qui fêtera ses 62 ans vendredi, avait dirigé d'une poigne de fer le pays entre 2000 et 2004, lorsque Bucarest réussit à boucler avec succès les négociations en vue d'intégrer l'Union européenne.

Cette période fut marquée par une reprise de la croissance économique, une hausse des investissements étrangers et une entrée dans l'Otan, mais aussi par des dérapages en matière de respect de la liberté de la presse et des ingérences du pouvoir pour contrôler la justice, selon les analystes.

Des comptes rendus de réunions de son Parti social-démocrate (PSD) publiés en 2004 ont montré un homme désireux de contrôler tous les leviers de l'Etat et la société civile, qu'il s'agisse des médias, des syndicats ou des associations d'étudiants.

Ces documents font état de discussions entre M. Nastase et son ministre de la Justice Rodica Stanoiu sur leur projet de bloquer des dossiers pour corruption visant des amis politiques et de donner le feu vert aux poursuites visant des adversaires.

Après huit ans dans l'opposition, cet homme élégant au visage poupin et à la carrure imposante, qui se décrit comme "un peu trop aristocratique" pour la Roumanie post-communiste, est toujours considéré par nombre de Roumains comme un "épitome de la corruption", endémique de ce pays.

Connu pour son goût du luxe, M. Nastase avait choisi en 2006 d'ouvrir les portes de son appartement aux journalistes pour montrer qu'il n'avait "rien à cacher", alors que les procureurs s'intéressaient à son patrimoine.

Le lendemain, les médias titraient à l'unison: "Nastase ouvre la grotte d'Ali Baba", en dressant une liste des tableaux de maître, cartes anciennes et meubles orientaux "entassés" dans le duplex situé dans un quartier résidentiel de Bucarest. Le tout estimé à l'époque par un critique d'art à "4 à 5 millions d'euros".

C'est dans ce même appartement qu'il s'est tiré une balle dans la gorge mercredi soir après sa condamnation à deux ans de prison ferme pour le détournement d'environ 1,5 million d'euros vers sa campagne en 2004.

Quelques heures avant ce geste, il confiait au quotidien Jurnalul national un texte devant être publié à l'occasion de son anniversaire, faisant état de sa passion "non seulement pour les tableaux, mais aussi pour l'apiculture" d'un homme "normal", qui ne réchigne pas à travailler sur sa ferme de Cornu, au nord de Bucarest.

M. Nastase doit répondre en appel des accusations de corruption dans deux autres procès, l'un lié à un héritage controversé, l'autre portant sur l'accusation d'avoir reçu des pots-de-vin d'un montant total de 630.000 euros de la part d'une chef d'entreprise nommée à la tête d'un organisme public.

L'ancien Premier ministre s'est toujours défendu de ces accusations, affirmant être victime de "procès politiques" orchestrés par son rival, le président Traian Basescu.

mr/iw/ros