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26/05/2012 06:35 EDT | Actualisé 26/07/2012 05:12 EDT

Soudain, des balles sifflent dans un village déserté

Soudain, des balles sifflent au-dessus de la petite case de Joseph et Véronique dans le village déserté de Gisiza, au pied de la colline verdoyante de Chanzu, un des fiefs des rebelles affrontant l'armée dans l'est de la République démocratique du Congo.

Malgré le poids de l'âge, le vieux couple se précipite à l'intérieur de la case et referme rapidement la porte - laissant tout juste entrevoir le feu naissant qui devait cuire les bananes plantains ce vendredi, leur unique nourriture depuis le début des combats dans cette région.

Après une demie-heure de tirs nourris, des bombardements se font entendre. Piégés, esseulés, Joseph et Véronique attendent une nouvelle accalmie. Et surtout, l'opportunité de fuir.

"J'ai déjà vu des guerres mais celle-ci est la mauvaise", chuchote Joseph, 88 ans, une canne à chaque main en guise de béquilles.

"Cela fait deux semaines, dit-il, que les gens ont fui le village. Je n'ai pas de moyens ni la force de marcher pour partir avec ma femme, et aller à Bunagana", à la frontière avec l'Ouganda". Gisiza est désormais un village fantôme.

Aucune présence humaine dans l'église des témoins de Jéhovah, seul bâtiment en dur dans le village. Les quelques dizaines de cases de la place, en terre avec un toit en paille, ont aussi été désertées.

Seuls Joseph, son épouse Véronique, et "une vieille femme malade" dans l'habitation en face de la leur, sont restés dans le village.

Deux des quatre enfants du couple vivaient à Gisiza. "Ils sont partis en Ouganda", voisin du territoire de Rutshuru, où se trouve le village et où se sont déroulés les récents combats entre armée et dissidents issus de l'ex-rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), explique Joseph, chemise à manches courtes et bermuda.

Quelque 10.000 Congolais se sont réfugiés en Ouganda depuis avril, selon le Commissaire pour les réfugiés au sein du gouvernement ougandais, David Kazungu.

Plus de 9.000 Congolais ont par ailleurs fui au Rwanda, et "environ 47.000 personnes ont été déplacées" dans tout le Nord-Kivu, a indiqué le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU.

"Mes enfants ont peur de revenir nous récupérer, car ils ont peur d'être capturés de force par les mutins, qui nous entourent et sont nombreux", raconte Joseph à voix basse Joseph, sous le regard de trois mutins qui l'observent du haut de la colline allongée de Chanzu, Kalachnikov à la main.

Ces hommes se réclament du Mouvement du 23 mars (M23), qui réclame la mise en oeuvre des accords de paix de 2009 conditionnant l'intégration des ex-CNDP dans l'armée. Ils affirment être dirigés par le colonel Sultani Makenga, ex N.3 du CNDP.

"Les rebelles ne nous font pas de mal mais nous avons peur car nous restons seuls dans ce village", confie Véronique, 75 ans, en pagne, pull-over, et foulard sur la tête.

Le regard désespéré, tout comme celui de son mari, elle est assise, prostrée, sur un tabouret de bois, alors que déambulent deux poules noires, seuls animaux du village.

La Mission de l'ONU (Monusco) a indiqué que les combats avec le mouvement M23 se situent au "sud-est de Rutshuru, au niveau de (...) la chaîne de collines entre Mbuzi, Chanzu et Runyonyi, qui est la place-forte des combattants du M23".

Cette région est adossée à la frontière avec le Rwanda.

Les combats ont repris vendredi matin du côté de Chanzu, après quelques jours d'accalmie.

A Gisiza, Joseph et sa femme affichent leur grande inquiétude pour leur avenir, car, selon eux, l'armée, qui utilise des armes lourdes, est postée sur l'autre versant de Chanzu. Et si les choses venaient à mal tourner, les bombardements pourraient facilement atteindre Gisiza.

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