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25/05/2012 05:59 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

Tel-Aviv: cohabitation tendue avec les immigrés clandestins africains

De jour comme de nuit, des groupes compacts d'immigrés clandestins africains s'éparpillent sur le gazon du Parc Lévinsky, près de l'ancienne gare routière, dans le sud de Tel-Aviv, où des centaines d'Israéliens ont violemment manifesté mercredi contre leur présence.

"J'ai fui la guerre et la violence au Soudan et à présent je suis sans travail, sans espoir, jeté à la rue et dans la crainte constante d'un contrôle de police", confie Abdou Abed Abdallah, en chemise blanche, jeans et sandales.

"Je rêve de l'Amérique", lâche ce célibataire de 29 ans qui a franchi illégalement il y a trois ans la frontière entre le Sinaï égyptien et Israël, dont la richesse attire les clandestins.

A l'instar de ses camarades d'infortune, il a été guidé par des passeurs bédouins auxquels il a versé un millier de dollars. Brièvement détenu à la prison de Kétziot, dans le désert du Néguev, où il a été identifié et soigné, il s'est ensuite retrouvé libre mais sans permis de travail.

Aujourd'hui, plus de 60.000 immigrés africains vivent en Israël, pour la plupart originaires d'Erythrée, du Soudan et du Soudan du Sud. Seuls quelque 1.500 ont obtenu le statut de réfugiés.

Au Parc Lévinsky, le temps semble immuable, rythmé seulement par le jour et la nuit, la soupe populaire et l'incertitude du lendemain.

"Je suis là depuis cinq ans et toujours entre deux chaises car notre ambassade, l'ONU et les autorités israéliennes se renvoient mutuellement leurs responsabilités. En cas de maladie, je n'ai personne à qui m'adresser", explique Simon Mayer, un Sud-Soudanais de 30 ans, marié et père de quatre enfants.

"J'ai peur. On nous frappe et nous sommes pourchassés, car le gouvernement et les médias nous stigmatisent collectivement", déplore-t-il en faisant allusion au vif débat lancé récemment après plusieurs affaires de viols de jeunes Israéliennes impliquant des Africains.

Mercredi soir, des Africains ont été molestés et leurs voitures vandalisées lors d'une manifestation qui a rassemblé des centaines d'Israéliens dans le quartier défavorisé de Ha Tikva, certains hurlant "Les nègres, dehors!" et "Les Soudanais au Soudan".

"Les Erythréens? Il faut les renvoyer chez eux! Ils m'effraient: le soir, je me barricade à la maison et je les vois vider des cannettes de bière, entassés dans les portes cochères", témoigne Ettie, qui fait ses courses au marché de Ha Tikva.

"Ils volent les personnes âgées. Ils sont dangereux, violents, menaçants, insultants et sales. Nous ne sommes plus chez nous. Ces gens ne paient pas d'impôts et font monter les prix de l'immobilier", renchérit Moshé qui vend des fruits et légumes.

De fait, les "marchands de sommeil" ont depuis longtemps compris le parti qu'ils pouvaient tirer de la situation.

"Je paie 2.000 shekels (400 euros) pour louer une chambre, où je vis avec mon épouse et mes deux enfants", raconte un commerçant érythréen qui préfère conserver l'anonymat.

Dans sa petite échoppe, il vend des bonbons, des cigarettes, des oeufs, des boissons. "Mes gains sont minimes mais ça me permet de voir venir jusqu'à ce que les choses s'arrangent et que le régime dictatorial de mon pays tombe", souligne ce déserteur de l'armée érythréenne, reconnu comme réfugié politique.

Un pâté de maisons plus loin, dans la rue Névé Shaanan, des commerçants africains encore plus déshérités présentent leur pauvre étalage par terre: chaussures usagées, vieux livres, babioles.

Entre deux terrasses de café où l'on joue au tric-trac, un rabatteur tente le chaland pour un "peep-show". "Il faut bien vivre", lâche-t-il.

Plus loin, dans un mélange d'amharique et de tigré, Dasta Réouven, un quadragénaire de belle allure, explique à un Erythréen, en citant la Bible, qu'"ici, c'est le pays où coulent le lait et le miel".

Et d'ajouter: "Je n'ai rien contre les Noirs, à condition qu'ils travaillent". Cet officier de réserve de l'armée israélienne est un falasha, arrivé en Israël en 1983 dans le cadre d'un pont aérien organisé en faveur des Juifs éthiopiens.

ChW/jlr/agr/sbh