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25/05/2012 11:38 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

Syrie: l'opposition doit gagner la confiance de la rue et de l'étranger

L'opposition syrienne va devoir répondre aux aspirations des rebelles sur le terrain et surmonter ses divisions afin de convaincre à l'étranger, selon des experts et des opposants.

Burhan Ghalioun, chef démissionnaire du Conseil national syrien (CNS), a estimé jeudi que cette grande coalition de l'opposition n'avait pas "réussi à être à la hauteur des sacrifices du peuple syrien".

"J'ai présenté ma démission justement pour dire que cette voie de la division entre islamistes et laïcs ne marche pas et je pense que c'est le régime syrien qui a gagné puisqu'il a dès le début essayé de jouer cette division", a-t-il dit à l'AFP.

Certaines composantes du CNS avaient menacé de se retirer après la désignation le 15 mai de M. Ghalioun à la tête du Conseil pour la troisième fois consécutive alors que l'organisation devait avoir une présidence tournante.

Les détracteurs du CNS lui reprochent essentiellement la grande influence des Frères musulmans en son sein et son manque de coordination avec les militants sur le terrain.

La communauté internationale appelle pourtant régulièrement l'opposition syrienne à l'unité.

"L'Occident et les Etats-Unis en particulier se méfient de l'opposition et se demandent ce qu'elle peut faire" si elle prend le contrôle du pays, explique Hilal Khachane, professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth.

"L'Occident agit toujours selon le principe que l'ennemi qu'on connaît est meilleur que l'ami qu'on ne connaît pas", ajoute-t-il.

Les craintes de l'Occident portent surtout sur le rôle des islamistes, qui apparaissent de plus en plus comme la force la plus organisée sur le terrain malgré les années de répression.

"Le plus grand défi pour l'opposition va être de parvenir à une vision de ce que sera la Syrie" de l'après Bachar al-Assad, souligne M. Khachane. "Il y a une grande crainte concernant les Frères musulmans et des éléments sur le terrain ayant une vision politique plus extrême que les Frères".

D'après des responsables de l'opposition, il n'y a pas de divergences profondes entre ses membres, tous étant d'accord sur la nécessité de faire tomber le régime et d'établir un Etat "civil démocratique". Les divergences concernent en fait la répartition des rôles et des parts.

Les membres du CNS se comportent "comme s'il s'agissait de parts ou de marchés politiques", dénonce un militant de l'opposition, Ahmad Khatib, de la région de Damas. "Seul un cercle restreint gère le Conseil (...). S'ils commencent déjà à marginaliser, que feront-ils après?".

Le bureau exécutif du CNS a accepté la démission de M. Ghalioun, qui se maintiendra cependant à la tête du Conseil jusqu'aux prochaines élections prévues le 9 juin.

"Accepter sa démission est un pas positif, en attendant d'autres pas susceptibles de réformer le Conseil pour qu'il soit plus proche de la population", estime la porte-parole des Comités locaux de coordination, Rima Fleihane, s'exprimant depuis la Jordanie.

Alors que de nombreux militants parlent de "divorce" entre la politique du CNS et les "rebelles" sur le terrain, un membre du CNS, Ahmad Zeidane, assure que le Conseil oeuvre sur le terrain pour ne pas perdre "la confiance de la rue".

Pour le militant Ahmad Khatib, le CNS a pourtant échoué même dans les questions "humanitaires" et ne "traite pas la question de l'armement (des rebelles) de manière sérieuse".

"Les gens veulent faire avancer les choses, et commencent à menacer: ceux qui manifestent pour faire tomber Bachar al-Assad peuvent aussi faire tomber" les suivants.

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