NOUVELLES
25/05/2012 04:06 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Nouvelles maladies émergentes: menaces des champs, épidémies des villes

Impossible d'établir où, quand et comment se produira la prochaine grande pandémie mondiale, mais on peut prédire, avec peu de chance de se tromper, que l'agent infectieux sera d'origine animale et prospérera dans les grandes villes.

"Les agents infectieux humains proviennent essentiellement de l'animal", a expliqué le Dr Jean-François Guégan, de l'Institut français de recherche pour le développement (IRD), lors d'un colloque organisé jeudi à Paris sur les "nouvelles menaces des maladies infectieuses émergentes".

Selon un décompte de 2007, on dénombre 1.417 agents infectieux pour l'homme : virus, prions, bactéries, champignons et protozoaires, dont plus de la moitié sont d'origine animale (de 52% à 63%).

L'histoire récente montre que les animaux nous contaminent de plus en plus, souligne encore ce spécialiste puisque sur les 177 agents apparus ces 40 dernières années, 70% nous ont été légués par les animaux, principalement les mammifères.

Les ongulés, grande catégorie comprenant vache, cheval et porc, sont "les premiers pourvoyeurs d'agents infectieux" devant les carnivores, rongeurs et oiseaux, selon le Dr Guégan.

Les primates, génétiquement proches de nous et donc vecteurs potentiels d'infection, "n'ont pas été de grands convoyeurs de maladies pour l'homme à quelques exceptions près parce que la transmission est avant tout une affaire de fréquence des contacts", explique cet expert.

Déjà connus pour véhiculer les virus d'Ebola et de la rage, les chauves-souris constituent un réservoir de virus potentiellement dangereux pour l'homme avec la découverte récente chez ces animaux de paramyxovirus, la classe de virus responsables de la rougeole et des oreillons.

Le Syndrome respiratoire aigu sévère ou Sras, première maladie grave et contagieuse ayant "émergé" au 21e siècle, est particulièrement emblématique, souligne Arnaud Fontanet de l'Institut Pasteur.

Le virus du Sras a son réservoir dans les chauves-souris. Il a pu migrer vers l'homme grâce à un petit carnivore, la civette palmiste masquée, que les Chinois aisés avaient pris goût à manger dans les restaurants exotiques de Canton, raconte cet épidémiologiste.

Le bilan du Sras est limité avec "seulement" 774 morts en 2002 et 2003, surtout dans le sud-est asiatique. "Nous avons eu beaucoup de chance, car l'agent était finalement peu transmissible", explique M. Fontanet.

D'autres virus ou bactéries ne laisseront peut-être pas cette chance. L'expérience récente montre qu'il est impossible de prédire une prochaine pandémie en raison de la multiplicité des facteurs, souligne Sylvie Briand, directrice du programme mondial de lutte contre la grippe à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Pour la dernière grande pandémie, toute le monde s'attendait à ce qu'elle vienne d'Asie et que le virus soit celui de la grippe aviaire H5N1. En fait, ça été le H1N1 et c'est venu des Amériques" (Mexique), souligne Mme Briand.

Les transports internationaux, les grands rassemblements sportifs ou religieux et surtout le développement des grandes mégalopoles sont des facteurs favorisant les pandémies. "Un pathogène d'Amérique du Sud met huit heures à venir en France, c'est le temps du vol", résume Thierry Pineau de l'Institut national de recherche agronomique (Inra).

Depuis 2007, plus de 50% de la population mondiale vit dans les villes, situation sans précédent d'un point de vue sanitaire, explique Gérard Salem, de l'université de Paris-Nanterre (Paris X).

"L'intensité et la rapidité de la circulation des agents pathogènes dans les grandes villes nous obligent à revisiter des pathologies qu'on croyait bien connaître comme la rougeole et la tuberculose", avec notamment des campagnes de vaccination plus précoces, indique-t-il.

ot/fa/nou/jms