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25/05/2012 12:08 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

Même partagé, le radio-télescope SKA est une avancée pour l'Afrique

La participation de l'Afrique du Sud au projet mondial de radio-télescope géant SKA, qui pourrait drainer scientifiques et capitaux, est aussi une bonne nouvelle pour l'ensemble du continent africain, peu habitué à jouer un rôle majeur dans de tels montages internationaux.

Bien que favorite, l'Afrique du Sud a dû partager vendredi avec sa rivale l'Australie, alliée à la Nouvelle-Zélande.

Elle garde l'essentiel des infrastructures projetées dans sa "réserve radio-astronomique" du Karoo (sud-ouest), à savoir les 3.000 antennes paraboliques et les installations concernant les moyennes fréquences, mais devra laisser les basses fréquences à ses traditionnels adversaires de rugby.

Des antennes relais doivent être installées dans huit autres pays africains associés dans l'opération: le Botswana, le Ghana, le Kenya, Madagascar, Maurice, le Mozambique, la Namibie et la Zambie.

Cachant sa déception de n'avoir pas avoir totalement enlevé le morceau, la ministre des Sciences sud-africaine Naledi Pandor a tâché de faire contre mauvaise fortune bon coeur.

"Je suis contente pour nos pays, je suis contente pour l'Afrique. Bien sûr, vous voudriez tout. Mais trois quarts (du projet), c'est plutôt bien, à mon avis", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Pretoria.

"Je n'aime pas (le mot) déception quand l'Afrique gagne. Nous avons gagné!", a-t-elle ajouté.

"Je crois qu'il faut insister sur le fait que nous aurons la majorité des installations de l'un des plus grands instruments scientifiques du monde", a souligné Justin Jonas, l'un des responsables scientifiques du projet sud-africain.

"C'est un tournant majeur pour l'Afrique, qui devient une destination pour la science et la technologie. (...) Donc je pense que cela envoie vraiment le signal d'une nouvelle ère pour l'Afrique, et je pense que nous devrions tous être fiers de ça", a-t-il ajouté.

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, s'est immédiatement félicité de ce que le gouvernement ait remporté la majorité du "plus grand projet scientifique du siècle".

"Il va faire progresser notre capacité de recherche scientifique en tant que pays et continent", a relevé le parti, ajoutant que "beaucoup d'investissements directs étrangers seront injectés dans ce projet à long terme qui permettra de créer des emplois plus que nécessaires dans notre pays et notre continent".

Moins suspecte de parti-pris, la célèbre université du Witwatersrand (Wits), à Johannesburg, a estimé que "c'est un coup scientifique majeur pour l'Afrique du Sud (qui) va donner un avantage décisif en matière de recherche pour toute la communauté scientifique".

Les chercheurs sud-africains n'en sont il est vrai pas à leur coup d'essai.

Pour appuyer sa candidature, l'Afrique du Sud a dû d'abord construire un prototype, le KAT-7 (pour Karoo Array Telescope 7), composé de sept paraboles. Il doit être complété pour former un parc de de 64 antennes, le MeerKAT, qui doit entrer en service en 2016.

La nécessité de réduire au minimum les interférences radio a en outre poussé deux ingénieurs sud-africains, Gordon Mayhew-Ridgers et Paul van Jaarsveld, à développer une antenne-relais de téléphone unique en son genre.

Installée en novembre 2011 en bordure de la réserve astronomique du Karoo, elle réduit de 10.000 fois les radiofréquences parasites sur une portion de territoire, sans priver les riverains de téléphone.

Concrètement, son rayon de couverture est coupé comme une part de gâteau, ce qui est aussi difficile que d'utiliser un mégaphone devant une foule et vouloir qu'une personne ne puisse pas l'entendre.

Un brevet doit être déposé cette année au nom de Vodafone, la maison-mère de Vodacom, l'opérateur sud-africain pour lequel ont travaillé les deux ingénieurs.

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