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25/05/2012 10:40 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

L'immigration africaine, nouveau sujet de tension dans la société israélienne

JÉRUSALEM - Plusieurs viols imputés à des immigrés africains ont déclenché un débat violent au sein de la classe politique et la société israéliennes ces dernières semaines, et certains appellent maintenant à l'expulsion immédiate de ces clandestins.

Certains Israéliens s'inquiètent aussi de voir l'identité de l'État juif menacée par l'afflux d'immigrants africains, qui représentent aujourd'hui moins de un pour cent de la population. «C'est l'effondrement du rêve sioniste», a lancé jeudi le ministre de l'Intérieur, Eli Yishai.

Au cours des sept dernières années, près de 60 000 immigrants africains, la plupart originaires du Soudan et d'Érythrée, ont pénétré sur le territoire israélien par le Sinaï égyptien.

L'État hébreu a décidé d'ériger une barrière le long de sa frontière avec l'Égypte longue de 200 kilomètres, mais les immigrants continuent d'arriver au rythme d'environ un millier par mois, épuisés, sans argent et souvent victimes de mauvais traitements par les Bédouins qui les ont conduits jusqu'à la frontière.

Certains quittent des régimes autoritaires tandis que d'autres espèrent travailler dans un pays plus riche que le leur, dans l'espoir d'une vie meilleure.

Or, Israël est signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, qu'il avait ardemment défendue à l'époque. Aujourd'hui, plusieurs responsables israéliens avancent que la grande majorité des immigrants qui arrivent en Israël ne sont pas des réfugiés, mais des migrants économiques à la recherche de travail, les qualifiant de «cancer», de «fléau national» ou encore d'«infiltrés».

Après le premier viol au début du mois, le ministre de l'Intérieur a accusé presque tous les immigrés d'être des criminels qui devraient être emprisonnés avant leur expulsion. Quelques jours plus tard, c'est le premier ministre Benjamin Nétanyahou qui a mis en garde contre «les 60 000 infiltrés qui risquent d'être 600 000, et d'entraîner l'éradication d'Israël en tant qu'État démocratique et juif».

La question qui se pose désormais est de savoir si l'État hébreu, en conflit avec les pays arabes depuis sa création, est devenu une société raciste.

«Ce qui me perturbe le plus, c'est cette ambiance raciste», souligne Tom Segev, journaliste et historien israélien. «Depuis plusieurs années, la société israélienne va dans cette direction, avec toutes ces motions anti-arabes au parlement. Je pense que notre société est très malade aujourd'hui.»

D'autres réfutent les accusations de racisme, jugeant irréaliste que leur petit pays de huit millions d'habitants ouvre ses portes à l'immigration. Mais Israël ne peut pas non expulser tous les immigrés clandestins en vertu du traité de l'ONU adopté en 1951 pour répondre à la question des réfugiés de la Seconde Guerre mondiale. Ce traité prévoit de ne pas expulser les demandeurs d'asile vers un pays où ils pourraient être en danger.

Pour la plupart des immigrants africains venant du Soudan, un pays ennemi, et de l'Érythrée, connu pour ses violations des droits de la personne, il est difficile de déterminer s'ils sont des réfugiés politiques ou des migrants économiques.

«Notre objectif est qu'Israël accueille ces gens dans des conditions correctes, jusqu'à ce qu'ils aient une possibilité de rentrer chez eux», a souligné William Tall, émissaire du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Face à ce statut précaire, de nombreux immigrés acceptent des emplois sous-payés et vivent dans des bidonvilles. Mais la peur et l'intolérance ont pris racine dans la société israélienne, et certains accusent les immigrés d'être responsables de la hausse de la délinquance, notamment de trois viols récents, bien que les chiffres de la police ne le confirment pas.

Mais le mal est fait: des bombes incendiaires ont été lancées contre deux bâtiments habités par des immigrés et une manifestation contre leur présence, organisée mercredi dans un quartier pauvre du sud de Tel Aviv, a donné lieu à des violences. La foule a brisé les vitrines de magasins et les vitres de voitures appartenant à des Africains, sans faire de blessé.

Le premier ministre israélien a condamné ces violences, mais Bachir Abekker, 32 ans, qui a fui la guerre au Darfour il y a quatre ans en pensant trouver la paix en Israël, ne se sent «plus en sécurité».

«Après ce qui s'est passé (mercredi), j'ai peur de sortir dans la rue pour m'acheter à manger», a-t-il dit.