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25/05/2012 07:05 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

Israël, impuissant, s'inquiète du "vide sécuritaire" dans le Sinaï

Face à l'instabilité dans la péninsule égyptienne du Sinaï, qui alimente immigration clandestine et risques d'attaques terroristes, Israël espère une reprise en main rapide de l'Egypte, quel que soit le résultat de l'élection présidentielle dans ce pays voisin.

"La question égyptienne est bien plus problématique que celle de l'Iran", estimait récemment le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman, dans une note adressée au Premier ministre Benjamin Netanyahu et rapportée par le quotidien Maariv.

Les responsables israéliens sont inquiets de voir se prolonger dans le Sinaï un "vide sécuritaire".

De fait, quinze mois après la chute du président Hosni Moubarak, ce territoire aride et montagneux de 60.000 km2, démilitarisé en vertu du traité de paix israélo-égyptien de 1979, échappe toujours largement au contrôle des forces de sécurité égyptiennes.

"Le Sinaï est devenu le Far-West de l'Egypte, une région sans foi ni loi. Les tribus bédouines gèrent la péninsule comme si elle leur appartenait", résume une source sécuritaire israélienne.

Près d'El-Arish, le gazoduc reliant l'Egypte à Israël et à la Jordanie a été saboté à quatorze reprise depuis février 2011.

Ces attaques n'ont pas été revendiquées mais font craindre aux services de sécurité israéliens une radicalisation des Bédouins ou, du moins, des rapprochements avec des organisations islamistes.

Les responsables israéliens redoutent l'ouverture d'une nouvelle ligne de front alimentée par les groupes armés palestiniens de Gaza.

"Le Sinaï se transforme en foyer du terrorisme ", a averti M. Netanyahu après le tir de trois roquettes Grad contre la station balnéaire israélienne d'Eilat le mois dernier.

Selon les renseignements militaires israéliens, ces projectiles provenaient de l'arsenal du défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Des milliers de roquettes et de missiles antiaériens auraient transité vers la bande de Gaza via le Sinaï depuis le sud de la Libye, précise un officier israélien sous couvert de l'anonymat.

"Les groupes terroristes savent que notre capacité de riposte est limitée par crainte d'une escalade militaire avec l'Egypte", explique à l'AFP un haut gradé du commandement sud.

Le 18 août, des commandos armés venus du Sinaï avaient organisé une triple embuscade à hauteur de l'ancien passage routier israélo-égyptien de Netafim, à 20 km au nord d'Eilat, au bord de la mer Rouge.

Huit Israéliens ainsi que sept assaillants avaient péri. Cinq policiers égyptiens avaient été tués par l'armée israélienne qui poursuivait les auteurs présumés des attaques.

Cet incident frontalier avait entraîné une crise diplomatique avec l'Egypte qui avait culminé le 10 septembre par le saccage de la représentation israélienne au Caire.

Soucieux de voir l'ordre et la sécurité rétablis au plus vite dans le Sinaï, l'Etat hébreu y a dernièrement autorisé l'entrée de sept bataillons égyptiens, précise à l'AFP Zvi Mazel, ex-ambassadeur d'Israël au Caire.

"Nous avons opté pour le dialogue, il y a une excellente coopération avec l'armée égyptienne, notamment en termes de renseignements", assure M. Mazel.

Pour empêcher les infiltrations et les activités de contrebande, Israël accélère la construction d'une clôture électronique de 250 km le long de sa frontière avec l'Egypte.

Outre la drogue et les armes qui ont toujours généré d'importantes sources de revenus pour les Bédouins, la traite de femmes venant d'Europe de l'Est et surtout de clandestins africains est devenue monnaie courante ces dernières années, selon les autorités israéliennes.

"Quelque 134 km ont déjà été achevés et nous espérons terminer les travaux d'ici la fin de l'année", se réjouit le général Eran Ophir. "C'est un dispositif très sophistiqué qui répond efficacement à la menace. Partout où la barrière a été installé, aucune infiltration n'a été signalée".

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