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25/05/2012 06:04 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

Femmes au combat: Des soldates canadiennes racontent leur expérience

OTTAWA - La colonel Jennie Carignan estime qu'elle a parcouru 10 000 km de routes poussiéreuses et minées en Afghanistan en tant qu'ingénieure de combat.

Ces 10 000 km s'ajoutent au long chemin qu'elle et ses consoeurs ont dû faire depuis 2001, année où les Forces armées canadiennes ont permis aux femmes d'investir tous ses services. Cette ouverture place le Canada dans une classe à part.

La colonel Carignan et trois de ses collègues viennent tout juste de revenir d'un voyage de deux semaines en Australie où elles ont partagé leur expérience sur le champ de bataille avec leurs homologues australiennes.

Les Forces armées australiennes supprimeront les dernières restrictions basées sur le genre en janvier, permettant à ses soldates d'occuper n'importe quel poste de combat.

Cette semaine, deux femmes ont intenté une poursuite contre l'armée américaine parce qu'elle continue à interdire à ses membres de sexe féminin de se battre en première ligne.

«La principale leçon que nous avons tirée de notre intégration, c'est que l'efficacité opérationnelle dépend seulement du leadership et des décisions du leader. Ça n'a rien à voir avec le genre des membres qui composent l'unité de combat», affirme Jennie Carignan, qui a également servi sur le plateau du Golan et en Bosnie-Herzégovine.

La colonel Carignan a voyagé partout en l'Australie et visité plusieurs installations, des bases d'entraînement militaire aux centres pour cadets. Elle dit que les femmes là-bas étaient enchantées d'entendre ses anecdotes et de découvrir qu'il était possible pour elles d'occuper des postes de combat.

L'une des histoires qu'elle aime raconter pour illustrer les premiers défis que les femmes ont dû relever pour changer la mentalité de l'armée à leur égard est celle du premier poste d'ingénieur de combat pour lequel elle a postulé.

Un gestionnaire de carrière militaire lui avait alors dit qu'elle constituait un «problème administratif» parce qu'elle était mariée. Son mari, qui avait rencontré le même gestionnaire cette journée-là, avait eu droit à une réaction complètement opposée puisque les soldats mariés sont vus positivement.

«C'était le choix qui s'offrait à vous: ou vous restiez célibataires et vous aviez une bonne carrière, ou vous vous mariez et n'aviez pas de carrière», indique Jennie Carignan, mère de quatre enfants et actuelle chef d'état-major du quartier général du Centre des forces terrestres à Toronto.

«Cela a beaucoup changé dans les dernières années et moi, bien sûr, je n'ai jamais accepté ce choix parce que je voulais avoir les deux, comme n'importe quel de mes collègues masculins.»

Selon elle, la réticence de certains pays à envoyer les femmes en première ligne est basée sur plusieurs fausses suppositions qui trouvent leur source dans l'émotion plutôt que dans les faits.

La première est que les femmes ne sont pas faites pour la violence.

«On passe au travers de l'entraînement en équipe et on apprend comment appliquer nos règles d'engagement et notre formation sur le champ de bataille, explique la colonel Carignan. Lorsqu'on est confronté à une situation stressante, ce qu'on a appris nous revient aussitôt. La violence est un concept complètement étranger au genre.»

Une autre croyance est que les femmes ne sont pas assez fortes sur le plan psychologique et physique pour supporter la rigueur des combats. Une notion sur laquelle l'armée britannique a insisté lorsqu'elle a maintenu l'interdiction pour ses soldates de se battre en première ligne il y a deux ans.

Jennie Carignan soutient que les hommes et les femmes qui s'enrôlent ont tous des habiletés différentes et que c'est aux dirigeants de les déployer en fonction de leurs forces et de leurs faiblesses.

«Nous avons vu cela à maintes reprises durant les opérations ou l'entraînement. La personne qui sauve la mise sur le champ de bataille n'est pas celle qui a la plus fière allure dans la salle de musculation.»

Il y a aussi le préjugé voulant que le public n'acceptera pas qu'une femme meure au combat. Le décès de la capitaine Nichola Goddard en Afghanistan en 2006 a beaucoup attiré l'attention mais, à l'époque, elle n'était que le 16e membre des Forces canadiennes à mourir durant la mission.

La guerre en Afghanistan a été la première à mettre en scène des soldates canadiennes à des postes de combat.

«Je trouve vraiment choquant de penser que perdre une femme au combat est pire que de perdre un homme, s'insurge la colonel Carignan. Perdre un soldat est une tragédie peu importe le genre, point final.»

C'est en 1989 que le Canada a ouvert les postes de combat aux femmes, à l'exception de ceux dans les sous-marins. La dernière barrière a été éliminée en 2001.