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24/05/2012 12:46 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Syrie: trop divisé, le CNS pas "à la hauteur" des attentes du terrain (Ghalioun)

Le Conseil national syrien (CNS) miné par les "divisions" et par un fonctionnement trop rigide n'a pas été "à la hauteur des sacrifices du peuple syrien", a déclaré jeudi dans un entretien à l'AFP Burhan Ghalioun président démissionnaire de la principale coalition de l'opposition.

Critiqué et conscient de ne plus faire "l'unanimité" au sein du CNS à la tête duquel il avait été renouvelé le 15 mai pour un troisième mandat, M. Ghalioun, universitaire basé en France, explique avoir démissionné pour exprimer la nécessité de changer les statuts de l'organisation et mettre en garde contre les divisions qui la minent.

"J'ai pensé à cette démission pour obliger notre conseil à changer de structure, aller de l'avant, intégrer d'autres éléments et amender ses statuts de sorte qu'il devienne démocratique", dit-il.

M. Ghalioun estime que le CNS est entravé par la "règle du consensus" alors que selon lui il devrait être régi sur la base de "l'élection". "La formule actuelle est une formule de coalition de quelques partis (...) qui monopolisent la décision, c'est ça qui a causé beaucoup d'inertie", argue-t-il.

En cause d'abord les luttes entre les différentes formations de l'opposition syrienne en général, estime-t-il.

Depuis sa création par les Comité locaux de coordination (LCC) qui chapeautent les manifestations sur le terrain, les libéraux, la confrérie des Frères musulmans, des partis kurdes, assyriens, des indépendants, "on n'a pas réussi à faire entrer d'autres forces, on en parle tout le temps mais le fait est qu'il y a une résistance réelle, chacun veut préserver ses privilèges".

M. Ghalioun regrette que le CNS n'ait "pas avancé beaucoup pour faire entrer (...) les jeunes qui organisent les manifestations sur le terrain".

En cause ensuite les divisions entre islamistes et laïques au sein du CNS.

Tenant d'une gauche nationaliste arabe, M. Ghalioun qui avait émergé en octobre comme "la" personnalité capable de rassembler et adoubée par les Frères musulmans, explique avoir écrit dans sa lettre de démission qu'il n'acceptait pas "d'être le candidat de la division".

"J'ai présenté ma démission justement pour dire que cette voie de la division entre islamistes et laïques ne marche pas et je pense que c'est le régime syrien qui a gagné puisqu'il a dès le début essayé de jouer cette division", dit-il.

"Certains parmi les laïques et même parmi des gens qui étaient proches de moi ont malheureusement joué ce jeu et aujourd'hui ils menacent de couper les rangs de la révolution entre deux ailes qui, au lieu de coopérer, risquent de s'affronter avant même de gagner", explique-t-il.

Fin mars, la plupart des représentants de l'opposition syrienne avaient reconnu le CNS comme le "représentant formel" du peuple syrien et en avril, à la dernière réunion internationale des "Amis du peuple syrien" à Istanbul, le CNS a été reconnu comme "un représentant légitime de tous les Syrien".

Mais la crise qui couvait depuis plusieurs mois a des conséquences sur le plan international, concède M. Ghalioun. "Depuis quelques temps, l'incapacité du CNS à s'ouvrir réellement vers les autres forces et à avancer nous a fait perdre un peu de notre crédibilité", dit-il.

Juste après sa reconduction, les LCC avaient évoqué une série d'"erreurs" du Conseil.

M. Ghalioun répond que le CNS a enregistré des "succès": "Il a réussi à unifier au moins la majeure partie de l'opposition, à arracher une reconnaissance internationale (...) et on a quand même organisé l'aide humanitaire et même travaillé pour unifier l'Armée syrienne libre (ASL)".

Mais il reconnaît que depuis sa création, le CNS "n'a pas réussi à être à la hauteur des sacrifices du peuple syrien".

"C'est sûr, on n'a pas répondu assez rapidement et assez aux besoins de la révolution", dit-il. "C'est vrai qu'il n'y a pas eu beaucoup de coordination (avec l'opposition de l'intérieur) (...) parce que les choses bougent énormément sur le terrain alors qu'au CNS les choses étaient figées".

M. Ghalioun réfute toutefois les accusations selon lesquelles le CNS ne représente pas les opposants de l'intérieur. "Ce n'est pas vrai".

Ils "étaient mécontents parce que lorsque le CNS a été créé ils pensaient au Conseil national de transition libyen (CNT), et qu'au bout de quelques temps il aiderait à ce qu'il y ait une intervention militaire extérieure et à libérer la Syrie de ce régime sanguinaire. Mais le cas syrien n'est pas le cas libyen, ça n'a pas marché, il y a eu une frustration".

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